Retour à Destination Chine

Brice Gouvernel Sciences Po Etudiant en 5e année Mention Carrières Internationales

-- Rapport d’étude --

Une année a…

l’université de Fudan à Shanghai

Année universitaire 2004-2005

INTRODUCTION

见山就要爬

Dès que tu aperçois la montagne, grimpe.

On m’a souvent posé cette question : “Pourquoi partir en Chine?!”. Poliment, je tentais à chaque fois d’y répondre mais, de manière assez intéressante, la réponse n’était jamais la même. Au fil de mon séjour la-bas, mon rapport à la Chine, ma perception de celle-ci, évoluait sans cesse. Ma Chine, ce qu’elle pouvait m’apporter, me cacher, sa rencontre, ses rencontres, les remises en question, les doutes, l’espoir, ma vision des mondes, tout cela a évolué au cours de ce séjour.

Il ne vaut mieux pas poser une question pareille. Ou se la poser d’ailleurs. Partir, tout d’abord, qu’est ce que cela veut dire ? On peut partir en restant, on peut partir trop loin, piégé dans ses rêves, on peut partir à deux, c'est-à-dire se forcer à chaque instant de prendre du recul, on peut partir et se perdre, se fondre, devenir plus chinois que les Chinois. Oh mais non, on s’en rend vite compte, s’il est un pays au monde où il est difficile de passer inaperçu, c’est bien la Chine. Mais l’on peut faire du mieux qu’on peut. Alors, comment partir ?

Et puis quelle Chine ? On a tous une image, notre image, de la Chine. J’avais la mienne avant de partir. Cette image qu’on se fait de la Chine ne coïncide qu’à de très rares moments avec la réalité. Il y a plutôt des Chines. On fait beaucoup de rencontres en un an, et l’on se rend vite compte qu’il existe un monde, une Chine entière, entre l’étudiant en physique de Fudan, trilingue, dont les deux parents sont membres du Parti et qui veut faire sa vie à Shanghai, ou Pékin à la rigueur, mais pas en Europe ou en Amérique, et le paysan musulman de la minorité Hui, au visage marqué, qui vit dans le fin fond du Qinghai au cœur des steppes et qui ne bredouille que quelques mots de mandarin. Leur point commun, pour des raisons différentes, est peut être qu’ils rêvent tous deux de faire leur vie à Shanghai. C’est pour cela que Shanghai est une ville si fascinante finalement, elle réussit le tour de force de parvenir à gérer - pour combien de temps encore ? - la rencontre entre plusieurs mondes. En fin de compte, après une année fantastique et riche en découvertes, plongé dans un autre mode de pensée, dans un autre monde, il m’est très tentant de renverser la question. Je me sens presque obligé de prendre une voix grave, de regarder mon interlocuteur, et de lui demander à lui : « Pourquoi ne pas partir en Chine ?! ». Comment ne pas faire ce pas ? Un autre univers est là, à 12 heures de vol. Alors en route !

I- LE DEPART

A- La Décision

Finalement, le plus dur est la décision. Après il ne reste plus qu’à donner le meilleur de soi-même, de grimper toutes les montagnes qui se mettront sur notre passage, sans les redouter, sans trop appréhender.

Les partenariats proposés par Sciences-Po en Chine sont nombreux, et les universités sont toutes prestigieuses. La Chine, tout comme un nombre croissant de pays asiatiques, a pris le parti de développer ses universités d’élites. Les campus sont grands, modernes, en développement permanent. Les étudiants y sont extrêmement brillants, et le savent. Le choix peut se faire entre Pékin, Shanghai, Hongkong et Taiwan. Réfléchissez bien au choix d’université que vous ferez, car cela conditionnera au moins deux aspects fondamentaux de votre rapport à la langue chinoise et à la Chine.

1) A Pékin et Shanghai, vous apprendrez à écrire et lire en caractères simplifiés, alors qu’à HK et Taiwan, ce sera en caractères traditionnels. La langue orale, elle, restant la même, le mandarin, ou putonghua. Schématiquement, aux Etats-Unis, ce sont les caractères traditionnels qui sont enseignés, alors qu’en Europe ce sont les caractères simplifiés.

2) Etudier en Chine continentale, Pékin ou Shanghai, vous permettra de vivre dans un cadre complètement chinois. Ce sont certes deux villes foncièrement développées et cosmopolites, mais elles restent très chinoises (à l’inverse de Hong-Kong, où l’influence anglo-saxonne est très nette). Cela vous permettra aussi très facilement de sauter dans un train et de partir voyager et découvrir plus profondément la Chine (Taiwan est de ce point de vue beaucoup moins pratique).

Bien sûr, le mandarin parlé à Pékin est excellent, et vous tomberez vite amoureux de l’accent des Pékinois. A Shanghai, deux langues coexistent pacifiquement, le mandarin et le shanghaihua, dialecte local. Il ne faut pas s’en inquiéter outre mesure, les shanghaiens savent très bien jongler entre les deux, et leur mandarin a beau être moins biaozhun (conforme au standard pékinois), et moins coulant que celui des pékinois il est à la fois moins négligé, plus respectueux des tons. A cause de ces différences, et de manière très schématique, pour le débutant, à Pékin il est plus difficile de comprendre que de se faire comprendre, alors qu’à Shanghai, c’est l’inverse. Dans tous les cas, les professeurs parlent un mandarin tout a fait conforme au « standard ».

B- Les formalités avant le départ

Partir en Chine se prépare. En terme de formalités administratives et autres, ce n’est pas tant vivre en Chine qui est difficile, mais plutôt quitter la France pendant un an. Ce sont ces soucis inhérents au départ à l’étranger (et au système français, parfois) qui sont les plus embêtants à régler, et une fois en Chine, il sera difficile, voir impossible, de s’en occuper.

1) Banque. Ne partez pas en catastrophe. Vérifiez que vous avez assez d’argent sur votre compte courant. Donnez procuration à un parent. Apprenez à gérer votre compte sur internet. Augmentez votre plafond de retrait.

2) Courrier. Faites en sorte que votre courrier soit régulièrement relevé et que l’on vous ouvre les lettres importantes (impôts, EDF, etc..). Sinon, gare aux surprises au retour, dures à encaisser à la fois au sens propre, et moralement (expérience personnelle).

3) Autres formalités administratives. Pensez aux dossiers CROUS de bourse durant votre année à l’étranger (le renouvellement se fait sur Internet tous les ans en avril), à annuler par courrier votre assurance téléphone si vous avez résilié votre contrat de téléphone portable (en effet, le renouvellement de l’assurance est tacite, même si vous avez résilié le forfait), etc...

C- Partir en Chine pour les Nuls

Vos dossiers sont prêts. On viendra récupérer votre courrier, vous connaissez vos codes bancaires sur le bout des doigts. Vous êtes prêts mentalement. Maintenant, il s’agit de partir en Chine, pour de vrai.

1) Billet d’avion. La Chine est assez loin pour envisager de s’y rendre en avion. La traversée de l’Eurasie est une belle aventure, et je vous conseillerais de la réserver pour le retour. Arrivez frais et dispo en Chine, car les cours s’enchaînent très rapidement dès le début, et un univers nouveau est toujours un peu fatigant.

Achetez votre billet tôt. Personnellement, j’ai fait toutes les agences du quartier chinois dans le 13ème arrondissement, jusqu'à ce que je trouve la meilleure affaire. Les billets les moins chers sont souvent sur Air China. Comptez entre 650 et 850 euros l’Aller-retour Open pour Shanghai. Les agences du 13ème proposent des tarifs défiant toute concurrence, car bien souvent elles se spécialisent sur la l’Asie orientale et du Sud-est. De plus cela vous permettra de vous entraîner au sport national chinois, l’art du grillage de file d’attente. Prenez un billet Open un an, comme cela vous pourrez choisir ultérieurement la date de retour, au fur et a mesure que vos plans de voyage estivaux s’affineront.

2) Visa. Il y a deux manières de faire votre demande de visa. Dans tous les cas, prenezvous-y le plus tôt possible. Vous pouvez demander votre visa étudiant directement a l’Ambassade de Chine, située à Issy-Les-Moulineaux. Levez-vous très tôt, et munissezvous d’un livre, car la file d’attente est longue, très longue. Délai d’une semaine environ. Vous pouvez aussi faire la demande sur www.actionvisa.com. Ils prennent une commission, mais ils sont très fiables et rapides. Leur bureau est situé dans le 13ème. Vérifiez bien la validité de votre passeport.

3) Visite médicale. Pour partir étudier en Chine, il faut faire un check-up complet chez le médecin, ainsi qu’une prise de sang et une radio des poumons. Ne négligez surtout pas ces formalités car les autorités chinoises et l’administration de Fudan sont très peu tolérantes. Lorsque vous arriverez à Fudan, une grande visite médicale sera organisée pour tous les étudiants étrangers, et les dossiers seront minutieusement scrutés. Demandez à votre médecin d’écrire très clairement, en anglais, et sans sigles. Il fut demande à bon nombre d’étudiant de refaire une prise de sang (dans des conditions d’hygiène parfaites, je précise) et une radio.

4) Assurance médicale. Elle est obligatoire, et il est fortement conseillé de la prendre avant votre départ, sous peine d’être obligé de souscrire à une assurance chinoise lors des formalités d’inscriptions à Fudan. L’assurance World Pass de la Smerep (leur bureau est boulevard Saint-Michel) est très bonne. Déjà utilisée lors de mon séjour d’étude aux Etats-Unis, elle me semble être la plus adaptée à ce genre de situation. Demandez une copie en anglais du contrat.

5) Valise. Votre billet d’avion ne vous permettra sans doute pas de dépasser 20kg de bagages. C’est déjà trop. (Pour le retour, c’est une autre question !).

En Chine, et en particulier à Shanghai, vous trouverez en effet tout ce dont vous aurez besoin, et à très bon marché. Apres cette année, je suis en mesure de dire que vous trouverez tout en Chine sauf : du déodorant (ou alors dans certains hypermarchés, mais faites quand même le plein), du bon chocolat noir, des chaussures de pointure 46, des chaussettes de sport 100% coton, des toilettes propres et des tampons. (pour les tampons, je précise que je ne parle pas des tampons administratifs. Au contraire, ceux la, il y en a profusion, les chinois adorent les tampons).

Pour le reste, aucun problème. Il y a à Shanghai un marché du faux où vous pourrez acheter des fausses Puma a 5 euros, qui s’useront en un mois. Vous pourrez vous faire faire un costume de qualité pour 50 euros. Vous acheter des faux blousons Northface et des chaussettes de sport faussement étiquetées 100% coton qui détruiront en un jour vos nouvelles fausses pumas, ainsi que l’atmosphère de votre chambre pendant une semaine. Bref, ne vous chargez pas en habits. Le climat à Shanghai est le suivant : incroyablement chaud et humide l’été (de mai-juin à septembre), très froid et humide l’hiver (les températures descendent rarement en dessous de 0, mais l’humidité et le vent se chargent de vous laisser un souvenir durable de ce que peut être la sensation de froid). Automne et printemps sont tout simplement charmants.

N’oubliez pas d’emporter avec vous un dictionnaire français-chinois-français. Mais vous en trouverez aussi sur place. Quelques livres français aussi, même si vous aurez rarement le temps ou l’envie de quitter l’univers chinois dans lequel vous serez tous les jours davantage plonge.

En ce qui concerne le retour, la solution la plus pratique pour ramener vos affaires (le poids aura au moins quadruple) est d’envoyer quelques cartons par la poste chinoise, au demeurant très efficace et pratique. L’envoi d’un carton de taille moyenne vous reviendra à environ 40 euros.

Faut-il mettre un téléphone portable dans la valise ? (d’ailleurs, je conseille plutôt un sac de randonnée, c'est-à-dire le style backpacker, plutôt que le style sud-coréen, c'est-à-dire les deux énormes valises en béton armé). Il y a deux écoles : il y a ceux qui préfèrent prendre leur téléphone, et se condamner à écrire des textos en pinyin plutôt qu’en caractères, et recevoir des textos incompréhensibles provenant de leurs amis chinois. Il y a ceux qui préfèrent dépenser un peu d’argent sur un téléphone chinois permettant d’écrire en caractères. C’est la solution que j’ai choisie, et je ne le regrette absolument pas. Vous verrez que les Chinois sont fous de textos, que la langue chinoise s’y prête remarquablement bien, et plus les mois passeront, plus vous regretterez d’avoir embarqué votre téléphone français. Vous pouvez en acheter à partir de 20 euros en seconde main dans les petits stands le long de la rue, ou alors en acheter un neuf (à partir de 40 euros).

Faut-il apporter son ordinateur portable ? Le dortoir des étudiants étrangers est relie à l’Internet haut débit, et il se révèle très pratique d’avoir son ordinateur. Cependant, il y a des cafés internets partout en Chine, même dans les coins les plus reculés, et les prix sont dérisoires. J’ai très bien vécu comme cela pendant 6 mois, puis j’ai acheté un ordinateur portable à HongKong (les prix y sont 15 à 20% moins chers que partout ailleurs dans le monde). Si vous décidez de vivre en dehors du campus, il vous sera, là encore, très facile de vous relier à l’internet. De plus, posséder son ordinateur a aussi l’avantage de pouvoir taper et lire en chinois. Il vous suffit de télécharger depuis le site Microsoft le module « chinois ». Préparez-vous à des conversations de plusieurs heures en chinois sur MSN avec vos nouveaux amis chinois, japonais ou coréens !

Faut-il apporter son sac de couchage ? Je l’ai fait et l’ai souvent regretté. Je n’ai eu à m’en servir que 4 fois, à chaque fois que j’ai décidé de dormir à la belle étoile (en montagne dans la province du Zhejiang, sur la plage à Putuoshan, et surtout sur la muraille de Chine à Jinshanling) ou, étonnamment, à HongKong (le logement bon marché y est très délabré et souvent sale). Mais pour le reste, le système hôtelier est très bien huilé en Chine, même les dortoirs à 50 centimes d’euros dans le fin fond du Qinghai auront les draps et couette nécessaires. Les trains de nuit, une des plus belles réussites de la Chine, sont d’un confort incroyable. Bref, si vous le faites, n’emportez qu’un sac très léger et peu encombrant. Au pire, vous trouverez toujours quelqu’un pour vous en prêter un en cas de besoin.

Trousse à pharmacie ? Oui, emportez le minimum nécessaire (pour maux de tête, diarrhée, maux de gorge, petits bobos). Il n’y a pas vraiment besoin de pastilles pour l’eau car, comme les draps (plus ou moins) propres, les bus et les souvenirs, on trouve aussi des bouteilles d’eau partout en Chine, même dans les endroits les plus improbables.

Voila, vous êtes fin-prêts. Avant de fermer votre sac, n’oubliez pas d’y glisser sourire et patience. Le premier vous ouvrira beaucoup de portes. En ce qui concerne la patience, même si vous n’en avez pas, ne vous en faites pas, vous serez armés à votre retour en France !

II- L’ARRIVEE A SHANGHAI

Passeport tamponné (votre première expérience du tampon chinois), vous voilà dans le très moderne aéroport de Pudong, à Shanghai. Le bus public no 4 vous amène pratiquement à l’entrée de Fudan, située à environ ¾ d’heure de l’aéroport. Demandez à descendre à Wu Jiao Chang, ou si le courant ne passe pas (ça viendra !), dites tout simplement Fudan daxue. Une fois descendu du bus, prenez un taxi, et demandez au chauffeur Fudan daxue liuxuesheng gongyu, qui est le dortoir des étudiants étrangers, la où les inscriptions pédagogiques auront lieu.

A- Shanghai

Shanghai, métropolis embrumée, aux mille immeubles, aux autoroutes suspendues et superposées, aux habitants pâles et pressés. On ne maîtrise jamais vraiment Shanghai: trop grande, trop mouvante, trop, tout simplement. Il s'agit ici, plus qu'ailleurs sans doute, de vite se créer des repères, un nid douillet, quelques relations, sans quoi Shanghai, impassiblement, ne vous attend pas, vous oublie. Bref, Shanghai a autre chose à faire. Il faut foncer. (A titre d'exemple, après des vacances passées dans le Yunnan pour le nouvel an chinois, je voulus aller manger des raviolis dans un tout petit restaurant de famille que j'avais repéré un mois auparavant, mais c'était sans compter l'esprit "destructioncréatrice" de cette ville, il n'y avait plus que des décombres.)

Shanghai est aussi une ville où les gens sont dynamiques, extrêmement accueillants quand ils vous connaissent -paradoxe-, bons vivants,qui aiment bien manger et ne se refusent jamais une bonne partie d'échecs (chinois) ou de majhong agrémentée d'un bon petit thé vert (le thé du puit du dragon, le long jin cha, venu de Hangzhou, est le meilleur des thés verts). Une fois habitué, la ville devient assez simple à appréhender. On arrive rapidement à comprendre le fort accent shanghaien des chauffeurs de taxi (quand ils ne vous parlent pas qu'en shanghaien), et le regard s'habitue vite aux chantiers d'immeubles et d'autoroutes en construction. La nightlife n'a rien à envier à celle des grandes métropoles occidentales, et le charme du Bund, du port, ou même de Pudong, le nouveau quartier d'affaires, est indéniable.

C’est à vous d’aller découvrir Shanghai et ses environs, et de découvrir votre manière à vous d’y vivre. Il est indéniable que ce qui marque le plus à Shanghai, c’est son atmosphère. On sent que tout y est possible, que tout y est à faire. Shanghai est la « ville debout », dans tous les sens du terme, du 21ème siècle.

Le campus de Fudan est excentré par rapport à la ville, à environ 30 minutes du centreville. C’est une zone extrêmement dynamique avec beaucoup de chantiers en constructions, et déjà de grands immeubles ultra modernes. Le campus lui-même est magnifique, avec des jardins dans tous les recoins, de belles pelouses et l’immeuble principal, qui fut réalisé durant mon année là-bas pour le centenaire de l’université, domine magistralement le tout. Il y a des vélos par milliers, beaucoup d’élèves studieux, et y règne une véritable douceur de vivre.

B- le Logement

En ce qui me concerne, avant même de partir pour Shanghai, je fus informé que je devais vivre au dortoir des étudiants étrangers. Or, il semble que ce ne soit aucunement une obligation. Dans la désorganisation du premier jour, j’ai demandé une chambre, l’ai obtenue (le dortoir, hyper-moderne, possède des chambres simples et doubles de 12m2 environ, toutes avec salle de bain et balcon), et payé pour le semestre. Plus tard j’apprendrai que ce n’était pas une obligation et que l’on pouvait très bien décider de vivre dans un appartement en dehors du campus même. Le dortoir coûtant environ 300 euros par mois, j’ai décidé au second semestre d’en sortir et de vivre en collocation avec deux amis.

1) Vivre au dortoir des étudiants étrangers. L’arrivée au dortoir est assez brutale car, même si quelques étudiants chinois bredouillant quelques mots d’anglais se portent volontaire pour aider les nouveaux étudiants désorientés, l’administration du bâtiment, globalement parlant, ne parle pas un mot d’anglais. Il semble que cette année une équipe d’accueil plus solide fût préparée, et au rythme général des reformes de ce genre en Chine, je suis quasiment certain que l’an prochain vous serez accueillis par une équipe quadrilingue et surdiplômée, avec option patois local chti.

Depuis la France, nous ne comprenions absolument pas ce qu’il fallait faire pour réserver une chambre au dortoir. Apparemment, les étudiants en échange ont une chambre automatiquement réservée pour eux. Nous n’eûmes en tout cas pas le choix, et avec Anne-Lise Rêve, fûmes assignés dans des chambres simples au 19ème étage. (vue magnifique).

Je pense que vivre le premier semestre au dortoir est une excellente manière de s’intégrer en douceur a ce nouveau monde qui est l’université chinoise. On n’y trouve absolument pas la même population d’étudiants étrangers qu’aux Etats-Unis par exemple. 80% des étudiants sont asiatiques, avec une majorité écrasante (mais pas pesante, au contraire) de Coréens et de Japonais. Vous rencontrerez aussi des Mongols, des Kazakhes, des Nordcoréens, des Indonésiens, des Taiwanais, des Russes, des Kirghizes, des Maltais, des Ivoiriens, des Centrafricains, des Cambodgiens, des Australiens, quelques Américains et Européens, etc... Bref, vous découvrirez un nouveau monde, des personnes que l’on ne côtoie pas en Europe ou aux Etats-Unis, et qui bien souvent ne parlent pas anglais et n’y portent que peu d’intérêt.

On se rend alors compte à quel point la Chine est un nouveau centre de gravité de la planète, à quel point bon nombre d’Asiatiques décident d’apprendre le chinois plutôt que l’anglais comme première langue vivante. Vous vous ferez rapidement un bon groupe d’amis, avec qui vous dialoguerez sans doute en chinois pour communiquer, sortir et faire du sport. Un de mes meilleurs amis aujourd’hui est un Coréen que j’ai rencontré dans ma classe au début de l’année, Dao. Au début, nous savions à peine dire à l’autre que l’on aimerait déjeuner ensemble. Puis, au fil des jours et des mois, nous avons élargi, ensemble, notre vocabulaire, et à la fin de l’année nous discutions de tout, faisions des blagues, parlions cinéma ou guerre d’Irak, en chinois. Lors d’un voyage au Kazakhstan après la fin des cours, nous étions un groupe de deux Kazakhes, un Kirgize et deux Français. Or l’un des deux Kazakhes ne parlait pas un mot d’anglais. Nous avons donc passé la semaine à parler en chinois tous les cinq !

2) Vivre en dehors du campus. Au deuxième semestre, avec deux amis, nous avons décidé de voler de nos propres ailes et de rechercher un appartement. Ce fut l’occasion de tester notre niveau de chinois en rentrant dans une agence et en expliquant ce que nous recherchions en chinois ! Nous trouvâmes un appartement au 17ème étage près de Wu Jiao Chang, et à 2 minutes des salles de cours. Le loyer était de 150 euros par personne, soit deux fois moins que le dortoir, avec des grandes chambres, et une grosse salle à manger en plus. Un des désavantages de la vie en dehors du campus est bien entendu que l’on est moins au centre des activités organisées par les étudiants du dortoir (sport, fêtes, sorties), mais la contrepartie est que l’on est dans des conditions plus propices au travail, à l’approfondissement des relations avec ses véritables amis, chinois ou étrangers, et que l’on devient véritablement maître de son emploi du temps.

L’interaction avec la laodong, la propriétaire, fut toujours bénéfique, et les formalités telles que caution, taxes, eau, électricités, furent toujours réglées rapidement et de manière efficace.

E- Retirer de l’argent, le dépenser

Là encore, deux écoles. Ma méthode fut de ne pas ouvrir un compte en banque, et de ne procéder que par retraits. La limite par retrait est souvent placée à 2500 yuans, soit 250 euros à peu près (compter 10 euros de commission). Si vous utilisez cette méthode, retirez dans les distributeurs automatiques de la Bank of China. Il y en a partout en Chine. A Fudan, la plus proche est sur Guoding Lu, juste avant le croisement avec Siping Lu. Près du dortoir des étudiants étrangers, en face de la cantine du campus nord, il y a une machine Agricultural Bank qui, lorsqu’elle fonctionne, permet de retirer 3000 yuans.

L’autre méthode consiste à ouvrir un compte en Chine (là encore, le plus simple est d’en ouvrir un à la Bank of China sur Guoding Lu) puis de transférer en une fois les fonds nécessaires. L’inconvénient est que l’ouverture du compte est un peu laborieuse, surtout si à votre arrivée vous ne maîtrisez pas le chinois, mais l’avantage est qu’au final, à la fin de l’année, vous aurez paye moins de commissions bancaires.

Sachez aussi qu’a l’inverse de certains pays comme l’Egypte ou le Vietnam, il n’est pas possible de payer en dollar, et très peu courant de marchander en dollar (fort heureusement). Aussi, il faut savoir que tout se marchande, et dans certains endroits, comme le marché du faux, il ne faut pas hésiter à commencer à 10% du prix annoncé par le vendeur. Même chose pour l’achat d’un appareil photo par exemple. Il est peu courant de payer par carte bancaire, encore moins par cheque, la Chine est le pays du cash. Ne pas donner de pourboires, c’est souvent très mal vu, et considéré comme une preuve d’irrespect.

D- L’inscription aux cours et le déroulement de l’année scolaire

L’inscription aux cours se fait environ une semaine après l’arrivée des étudiants. Elle consiste, pour les nouveaux arrivants à passer un examen écrit et oral rapide afin de définir les groupes de niveau. Ne vous laissez pas désarmer par le test écrit, qui peut paraître assez violent si vous débutez. Vous aurez 20 heures de cours par semaine, dans un bâtiment juste en dehors du campus, le long d’une rue agréable et recouverte de beaux arbres.

Apres l’examen de placement, je fus mis en Niveau C. Quelques jours plus tard, je décidais de redescendre en niveau B car le niveau était véritablement trop élevé en C. Nous étions 3 européens et 10 asiatiques environ dans notre classe. Les professeurs ne nous parlaient qu’en chinois, ce qui fut déstabilisant les premiers jours, mais s’avéra diablement efficace tout a long de l’année. Les manuels sont moins mauvais qu’on pourrait l’imaginer (tant de choses sont dites sur la méthode chinoise d’apprentissage du chinois, prétendument inadaptés aux esprits européens, mais je trouve que les manuels ainsi que les professeurs furent globalement extrêmement efficaces). Le premier semestre, nous eûmes des cours généraux (en fait de la grammaire et l’étude en profondeur des dialogues et textes), un cours d’écoute et d’expression orale (tingshuoke) ainsi qu’un cours d’écriture. A l’inter semestre, après une série d’examen, l’ensemble de la classe passa en niveau C. Puis, après la coupure inter-semestrielle du nouvel an chinois, nous reprîmes en niveau D, après une réorganisation complète des effectifs. Je terminai l’année en validant le niveau E. Il est certain que certains textes, traitant de l’origine du charbon, du comportement des saumons d’eau douce ou des vertus des pulls en coton, étaient parfois un peu longs, surtout a 8 heures du matin, mais en règle générale, je salue les rédacteurs pour leur originalité inégalée et à toute épreuve.

Le second semestre fut beaucoup plus intensif que le premier, notamment du fait que le niveau des étudiants était beaucoup plus variable, étant donnée la masse de vocabulaire censée être déjà assimilée. J’étais le seul non-asiatique de la classe avec une étudiante polonaise, les 20 autres étant tous asiatiques (Japonais, Coréens, Chinois de l’étranger). Ce deuxième semestre fut un véritable tournant dans mon séjour. La cohésion entre les camarades de classes, ainsi qu’avec nos professeurs, était fantastique. Nous organisâmes beaucoup de dîners (où chacun préparait des plats de son pays), de fêtes et de sorties de classes, et je fus même amené à organiser un week-end sur l’île de Putuoshan pour 25 personnes. Les au-revoirs à la fin de l’année furent très durs, car nous étions arrivés a un niveau d’aisance suffisant en chinois pour créer de véritables liens d’amitié.

En plus des examens de mi-semestre et de fin de semestre de Fudan, il y avait aussi la possibilité de passer le HSK, Hanyu Shuiping Kaoshi, qui est l’équivalent du Toefel Test en anglais. C’est un examen écrit (il y a une petite partie de compréhension orale) très difficile que beaucoup d’élèves préparent spécialement tout au long de l’année, avec comme ligne de mire le niveau 6 leur permettant de s’inscrire en master à l’université, aux côtés des meilleurs étudiants chinois du pays. Les étudiants européens et américains, beaucoup plus à l’aise à l’oral qu’à l’écrit, à l’inverse des étudiants asiatiques, plus timides à l’oral, mais retenant beaucoup plus facilement les caractères, ont traditionnellement plus de mal à obtenir un bon résultat au HSK. A la session de mai, j’obtins la note de 3, et a celle de juillet, la note de 4, ce qui est satisfaisant étant donné qu’au début de l’année je ne reconnaissais qu’une petite centaine de caractères !

S'il y a un conseil à prodiguer quant à la méthode de travail recommandée pour progresser en chinois, c’est celui de s’exercer à l’oral à chaque instant. Toute occasion est bonne à prendre, et je remarque qu’un des meilleurs moyens de franchir des paliers est de partir en voyage, loin, si possible seul, et d’aller discuter avec les gens, dans le train, dans les commerces, dans les hôtels. Les Chinois sont très chaleureux, et sont toujours heureux de parler avec vous. Ils ont le compliment facile, ce qui aura une très bonne influence sur votre assurance à l’oral, une des clefs de la progression.

En arrivant, je bredouillais quelques expressions toutes faites, et connaissais des mots que je n’arrivais que rarement à connecter pour former une phrase grammaticalement correcte. Je ne comprenais rien a ce qu’on me disait, on ne comprenait rien à ce que je disais car je le disais trop lentement et sans les tons (les shanghaiens accordent beaucoup d’importance aux tons !). Un an plus tard, je suis capable de tenir une conversation avec n’importe qui sur des sujets variés, je comprends tout ce qu’on me dit, et me fais facilement comprendre. Je parle beaucoup plus vite, et avec de l’assurance. Il est vrai que la Chine compte 1 milliard 300 millions d’accents différents, mais le fait d’avoir beaucoup voyage, un peu partout en Chine, et d’avoir tenté à chaque fois d’engager ou de soutenir des conversations, fait qu’aujourd’hui aucun accent, même le plus lourd, ne me surprend. Je ne suis toujours pas capable de suivre du début à la fin un journal télévisé ou une émission de radio, mais j’ai tout juste le niveau pour comprendre un Amour Gloire et Beauté version chinoise, ou pour lire Tintin au Tibet en chinois (dingding zai Xizang). Globalement, je rentre en France très heureux des cours, des professeurs et des rencontres que j’ai pu faire en Chine. Une année de plus comme cela, et je pourrais dépasser le niveau 6 de HSK. Comme quoi, l’immersion, avec tous les sacrifices et l’investissement personnel que cela comporte, toute cette energie, paye, et ce que j’ai reçu est bien plus beau que ce que j’ai pu donner.

III- La Vie en Chine, à Shanghai, et à Fudan

A- La vie étudiante

Il y a une douzaine de grandes universités à Shanghai, et elles sont toutes dans le top 50 des meilleures du pays. Fudan étant à la troisième place, derrière les prestigieuses universités de Pékin. Vous croiserez donc beaucoup d’étudiants, ainsi que beaucoup d’étudiants étrangers, que ce soit dans vos activités sportives ou en boîte de nuit.

A Fudan, une équipe d’étudiants étrangers organisait toutes les trois semaines des soirées afin que les 1000 étudiants étrangers puissent se rencontrer. Il y a aussi une multitude d’associations étudiantes chinoises qui vous inviteront à participer à leurs activités. Cela va du club d’échecs chinois au club outdoor qui organise des randonnées en montagne, en passant par le club de calligraphie ou celui de volley-ball. Attention, les étudiants étrangers ne sont pas toujours mis au courant des journées de rencontres avec les associations. Demandez donc autour de vous et à des étudiants chinois pour connaître la date et l’emplacement de ces rencontres.

J’ai participe à plusieurs clubs. Le club outdoor d’abord, avec lequel je suis allé faire trois jours de randonnées dans les montagnes de la province du Zhejiang. Ce fut organisé en octobre, donc à une période de l’année ou mon chinois était encore très limité. Nous étions deux occidentaux seulement dans le groupe de 30 étudiants chinois, et ces trois jours furent extrêmement intéressants. Nous apprîmes à jouer à des jeux de carte chinois, à jouer au Mahjong, et à chanter des chansons en chinois près du feu. Il me demandèrent de chanter une chanson en français, ce que je fis, par une interprétation très libre de Nouveau Western de MC Solaar. Une première incursion dans l’univers des jeunes chinois de Shanghai, à la fois brillants et sûrs d’eux. Il y a eu le club d’échecs (« internationaux » comme ils disent, à l’inverse des échecs chinois, dont j’appris aussi les règles au cours de l’année), qui organisait régulièrement des compétitions, et puis le club qui m’a le plus marqué de tous, le club de kung fu (le style étant celui de la boxe de Bruce Lee, Li XiaoLong) ! J’ai suivi les 6 heures de cours par semaine au premier semestre et atteint la ceinture rouge. C’était dur physiquement (avec des entraînements très intenses) et moralement, notamment du fait que les quelques étudiants étrangers que nous étions avaient beaucoup de peine à comprendre les conseils du maître. Même si cela devenait plus facile vers la fin du semestre, il parlait a une telle vitesse que cela devenait frustrant de ne pas comprendre toutes ses explications. Il devint tout de même un bon ami en dehors des cours. En plus des activités en club, nous étions quelques étudiants étrangers à participer régulièrement à des compétitions sportives au sein de l’université (football, 5000 mètres, tir à la corde !).

Les rues autour du Fudan sont peuplées d’étudiants, mais on côtoie aussi des travailleurs migrants venus des quatre coins de la Chine pour construire station de métro, bretelle d’autoroute, route souterraine, centre commercial, ainsi qu’une population de shanghaiens actifs, travaillant dans les services. C’est un quartier en pleine mutation, qui va devenir un centre très important à Shanghai dans les années à venir, et notamment avant 2010 et l’exposition universelle.

B- Les restaurants

En Chine, tout comme les coiffeurs, la nourriture est partout. Dans les rues, dans les marchés, dans les restaurants. Le quartier de Fudan n’y échappe pas, bien au contraire, il existe de nombreux restaurants, allant du coréen à l’italien en passant par le japonais ou le restaurant familial chinois où l’on mangeait une fois tous les deux jours, le « resto rouge ». Cette année fut donc une année de découverte culinaire, et a petits prix (repas moyen, 3 euros). Les bibimbap, kimchi et autres barbecues coréens, toujours accompagnés de toasts au Soju, un alcool a 21% qui est aux Coréens ce que le vin est au Français ; les tepaniaki, sushi et la bière japonaise ; le gongbao jiding, les baozi et guoba roupian ; les délicieuses lamian (nouilles tirées, faites à la commande, par des Chinois Hui, minorité musulmane); tout cela me manque déjà ! Il faut le dire : on mange très bien à Shanghai, et les restaurants abondent dans le centre, pour toutes les bourses.

A l’intérieur du campus il y a deux énormes cantines, vous paierez environ 1 euro pour un repas. La nourriture n’est pas fantastique, et parfois froide (il faut modifier votre rythme, les Chinois déjeunent à 11h et dînent a 17h), mais c’est très économique (et ça permet de se préparer à certains dîners dans de beaux restaurants, invité par des Chinois, où il faut manger, là encore, des choses peu ragoûtantes !)

La cuisine chinoise est sans doute la plus variée au monde. A chaque région ses dizaines de spécialités ! La nourriture du Nord, essentiellement à base de blé, a produit des merveilles telles que les raviolis et baozi, mais aussi les nouilles-maison, lamian, à toutes les sauces, souvent au mouton, préparées par les Hui (les meilleurs sont à Lanzhou, dans le Gansu). La nourriture Ouighoure (weiwuer zu), dans l’ancien Turkhestan Oriental, la province du XinJiang (au Nord-Ouest de la Chine), avec ses délicieux pains accompagnés de brochettes de viande grillée, est succulente. Et que dire de la nourriture du Dongbei (Nord est de la Chine) et ses grosses marmites pour aider à passer l’hiver ! Au sud, tout s’accompagne de riz, et la nourriture est beaucoup plus variée qu’au nord. Les dim sum du Sud-Est (Canton ou HongKong), les plats à base de poisson ou de fruits de mer de la côte Est, la nourriture extrêmement épicée de la province centrale du Sichuan (avec ses huoguo, fondues très épicées, et ses xiaochi, sortes de fast-foods à la chinoise)… Shanghai dans tout ça ? Shanghai est connue pour son habileté à reprendre les spécialités de toute la Chine a sa sauce. C’est dû notamment à son tres fort pouvoir d’attraction des populations chinoises de tout bord. Près de Fudan, sur Guoding Lu, il y a un restaurant devenu culte : il fait 15 m2, est ouvert 24h/24, et est tenu par une famille Hui originaire du Gansu. Ils font des lamian, jours et nuit, et n’ont pas fermé la porte de leur minuscule restaurant depuis 4 ans.

C- Le vélo

Beaucoup de choses changent et disparaissent en Chine, mais le vélo a encore de beaux jours devant lui. Notamment parce que les grandes villes se sont construites pour les vélos, et qu’il y a des pistes cyclables partout ! Certes Pékin, de manière totalement absurde sur le plan de l’aménagement urbain, est en ce moment en train de détruire bon nombre de pistes cyclables pour laisser plus de place aux voitures, dont le marché est florissant, mais cela n’empêchera pas les Chinois de pédaler. Ni de voler des vélos, qui est le second sport national après celui de passer devant vous dans une queue. Attendezvous donc à vous faire piquer le vôtre, mais rassurez-vous, vous ne serez pas le (la) premier(e) ! Je me suis fait piquer le mien après 6 mois (c’était déjà un exploit), alors qu’il ne possédait plus de pédales ni de freins. Dès votre arrivée, achetez-vous un vélo (moins il est beau plus vous le garderez longtemps, premier prix 15 euros) et deux cadenas. Les distances sont assez grandes, cela facilitera grandement votre vie autour de Fudan ! Certains camarades ont fait une sortie, certes très éprouvante, de 10 heures pour rejoindre la très belle ville de Suzhou.

D- Les Language Partners

Dans un pays comme la Chine, le système des language partners est une véritable institution. Vous rencontrez très rapidement des dizaines d’étudiants chinois ayant envie de renforcer leur niveau d’anglais et/ou de français grâce à vous. Théoriquement, c’est donnant-donnant, et vous pourrez vous exercer à l’oral ou en grammaire grâce à eux. En fait, ce genre de binôme de langue est très rarement bien équilibré. Vous aurez vite l’impression d’être le dindon de la farce, à moins que vous ne rentriez dans ce système avec une autre optique : vous faire de vrais amis. Si vous avez de la chance, vous rencontrerez donc quelques amis chinois qui vous aurez des affinités, et vous oublierez rapidement lesdéséquilibres dans les teavecmps de parole dans chacune des langues. Avoir un bon ami chinois est une des choses les plus précieuses qui soit, et ce n’est pas facile. Cultivez sans amitiés. Ce sontamis chinois qui vous feront découvrir del’intérieur leur Chincesse vos e. Vous apprendreztout vos es les petites combines, les vrais expressions, le vrai prix des choses, comment agir dans une file d’attente à la gare. En somme, vous deviendrez plus chinois. J’ai eu la chance de rencontrer dans le club de randonnée un architecte travaillant à Fudan, de 10 ans mon aîné. Au début, nous travaillions dans son bureau en anglais et en chinois. C’est petit à petit devenu un très bon ami, et là encore, les adieux furent très tristes.

E- Les voyages

Je suis parti en Chine avec l’envie de la découvrir le plus possible, de ne jamais me reposer sur mes lauriers, de toujours aller de l’avant. Afin de vivre pleinement ce qui m’était donné : un monde nouveau, une pensée différente.

"见山就要爬" (Dès que tu aperçois la montagne, grimpe-la), telle fût ma philosophie de voyage. Je n’ai (presque) jamais voulu céder à la facilité, et j’en ai (presque) toujours été récompensé. Ne jamais refuser une invitation, même fatigué, accepter de modifier mes plans à la dernière minute, ne pas reculer devant l'inconnu, bref, ne pas hésiter face à la montagne, mais faire violence, la grimper se poser trop de questions, afin d' accéder à une expése rience plus pure, plus vraie, à un bsansonheur plus authentique.

Dès que j’en ai eu l’occasion, je suis donc parti à l’aventure et à la découverte. Parfois seul, parfois avec des amis, et, à deux reprises, avec Marianne, ma petite amie venue de France.

Voyager en Chine est fondamental. Presque aussi important que de suivre les cours à Fudan. L’un et l’autre se renforcent, et au final, ce qui reste, en plus de la langue, ce sont les visages de ses camarades et professeurs, et ceux des hommes, femmes et enfants rencontrés au quatre coins de l’empire du milieu. Des conversations interminables se poursuivant à la 43eme heure d’un Shanghai-Urumqi ; le visage de Lao Ya, un pecheur de cormoran au fond du Yunnan qui nous invita à faire des raviolis avec lui pour le nouvel an chinois et qui se fit tout petit quand sa femme, maîtresse de maison, lui reprocha de ne pas avoir mis de sel ; des vendeurs d’ananas le long de la route qui nous invitant dans leur maison en bois à partager leur repas, du riz dans son eau ; ce moine de Xiahe (grand temple tibétain dans l’Ouest de la Chine) qui m’appelait toutes les semaines pour savoir si j’allais bien et quel temps il faisait à Shanghai ; la recherche désespérée d’un hôtel à Urumuqi à 2 heures du matin ; l’indien qui vendait des samosa sous une cage d’escalier au cœur du quartier indien/africain de Hong Kong chez qui on allait manger tous les jours ; la nuit passée sur la muraille, seuls au monde ; les gens qui m’ont pris en stop dans un des coins les plus perdus de la Chine, le lac Qinghai, etc, etc… Les souvenirs n’en finissent plus. Ce pays est magique car les Chinois sont des enfants. Ils aiment parler, rire, jouer. Ces chinois au grand cœur rejettent toute forme de cynisme.

Voici dans l’ordre chronologique les voyages que j’ai effectués durant cette année :

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Septembre 2004 : week-end à Hangzhou (Zhejiang) avec des amis. Hangzhou est une des plus belles villes de Chine, son thé vert y est le meilleur, et le coucher de soleil derrière le lac est inoubliable. A deux heures de Shanghai en train.
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Octobre 2004 : 3 jours à Dongbai Shan, une montagne dans la province du Zhejiang, avec l’association de randonnée de Fudan.
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Novembre 2004 : week-end a Nankin (Jiangsu) avec des amis. Nankin est une belle capitale historique, boisée et possédant encore une impressionnante muraille.
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Novembre 2004 : voyage au travers de la province du Jiangsu (Notamment la ville de Yangzhou et ses beaux jardins), grâce à un voyage de trois jours organise par Fudan pour les étudiants en échange.
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Nouvel an chinois, 20 janv – 20 février 2005 : premier grand voyage, avec Marianne, dans le Yunnan, province au Sud-Ouest de la Chine, nichée entre la Birmanie, la province du Tibet, et le Vietnam. Itinéraire : Kunming, Dali, tour du lac Erhai, Lijiang, Gorges du Tigre, Zhongdian, et le Xishuangbanna. Voyage formidable, à la rencontre des minorités chinoise, des villes de haute altitude sur le plateau tibétain et de la jungle sudest asiatique. (Voir annexe pour le récit !)
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Mars 2005 : deuxième week-end à Hangzhou, cette fois-ci dans une famille chinoise (un écrivain, membre du parti, et ancien soldat !)

-Mars 2005 : week-end a Putuo Shan, une île au large de Shanghai, un des sites majeurs du bouddhisme chinois.

-Avril 2005 : Voyage dans la province du Hunan, à Zhangjiajie. Situé au cœur de la Chine, Zhangjiajie est une merveille de la nature, une chaîne de montagnes karstiques, qui rappellent les peintures traditionnelles chinoises. Voyage d’une semaine organisé par Fudan pour tous les étudiants apprenant le chinois. 40 heures de train.

-1er au 10 mai 2004 : troisième grand voyage, seul cette fois-ci. Shanghai-Xining (dans la province très pauvre du Qinghai) en 48 heures de train. Puis 7 jours sur la route, en direction de la capitale de la province du Sichuan, Chengdu, via la province du Gansu.

De villages en monastères tibétains. Un voyage très marquant. (Voir Annexe pour le récit !)

- Juin 2005 : deuxième week-end à Putuo Shan, organise avec 25 amis de Fudan.

-juin 2005 : une semaine à Pékin avec un ami, et deux jours de randonnée sur la Grande Muraille, de Jinshanling à Simatai, dans la province du Hebei.

- 10 Juillet : fin des examens (de Fudan et du HSK), et début d’un très long voyage estival, dont voici l’itinéraire :

  1. Shanghai-Urumuqi (province du Xinjiang)-Almaty puis Astana (au Kazakhstan).
  2. Après une semaine au Kazakhstan, direction Urumuqi puis Xi’An (Shanxi) pour retrouver mon meilleur ami, Jean-Baptiste, qui venait de Moscou (en transsibérien). Puis Xi’An-Shanghai sans place assise dans le train (20 heures debout).
  3. Shanghai-Suzhou-Hangzhou-Shanghai (en prenant le Grand Canal pour rejoindre Hanghzou)
  4. le1er août, départ pour Hanoi en avion, pour retrouver Marianne. Virée à Sapa pour voir les minorités vietnamiennes vivant dans les montagnes du nord-ouest du pays, puis à la Baie d’Halong.
  5. Passage de la frontière avec la Chine puis bus pour Nanning. Train pour Yangshuo (près de Guilin, là encore de magnifiques paysages karstiques).
  6. Bus de nuit pour rejoindre Canton, puis bateau express pour Hong Kong.
  7. Enfin, retour à Shanghai en train (24h).

Bien entendu, mon aisance à l’oral a fait un énorme bond à la fois qualitatif et quantitatif entre mon premier week-end à Hangzhou et mon exploration du Sud-est de la Chine presque 1 an plus tard. S’en rendre compte laisse place à une impression fantastique, celle de se dire qu'en un an seulement, on peut parcourir un tel chemin. Sans mes excellents professeurs et tous mes amis de Shanghai, je n’aurais jamais pu progresser aussi vite. Mais je me rends compte que si je n’étais pas sorti de Shanghai durant l’année, je n’aurais jamais pu véritablement décoller, que ce soit en terme de compréhension de ce pays si complexe, ou même du point de vue de la maîtrise de la langue.

En annexe, vous pourrez retrouver, en détail, le récit de mon voyage dans les provinces du Qinghai, Gansu et Sichuan en mai 2004. Il est extrait d’un site Internet que j’ai réalisé, avec Marianne, sur mon année en Chine, et où sont postées de nombreuses photos.

En annexe également, vous pourrez lire un petit article que j’ai voulu écrire après avoir été témoin direct de la manifestation anti-japonaise du 16 avril 2005 à Shanghai, qui faisait suite à une série de manifestation parfois très violentes dans d’autres villes. Etre témoin de cette manifestation gigantesque et illégale, dans laquelle les manifestants ont saccagé bon nombre de restaurants japonais ainsi que son ambassade, sous l’œil presque ferme des autorités, dans le pays de Tian an men, fut une expérience, là encore tout a fait extraordinaire.

Vous pouvez consulter le site sur http://thejourney.canalblog.com/ .

CONCLUSION

Le Maître était au bord d’une rivière. Il dit : « Oh, aller ainsi de l’avant, sans trêve, jour et nuit ! »

-- Les Entretiens de Confucius, 9.17.

Après tout cela, comment conclure ? On voudrait ne pas avoir à conclure, mais plutôt continuer, persévérer. On ne saurait conclure sur la Chine. La Chine agace, parfois. Son matérialisme (héritage de la révolution culturelle), ses écarts de pauvreté, sa manière de faire du tourisme, ses regards permanents, son système de guanxi (relations) qui provoque stress et misère chez ceux qui n’en ont pas, sa négligence totale de l’hygiène de ses toilettes (elle qui, pourtant, a découvert le papier toilette !)… Mais la Chine fascine, surtout, et fascinera toujours. Sa force, son dynamisme (le seigneur Ji Wen reflechissait toujours trois fois avant d’agir. Quand maître Confucius apprit cela, il dit : « deux fois devraient suffire. »). Son immensité. Son organisation si rationnelle mêlée à une spiritualité ancestrale et peu à peu retrouvée. Son ouverture d’esprit. Sa fierté (dans les campagnes chinoises, les pauvres paysans aux mains crasseuses portent des costards !) Les Chinois adorent parler. Ils parlent tout le temps, à tout le monde. Ils sont curieux et attentionnés. Ils écoutent. Il y a un proverbe chinois qui dit qu’écouter quelqu’un parler vaut mieux que de 10 ans de lecture. Il n’empêche, les Chinois sont aussi fous de lecture. En fait, les Chinois sont gloutons. Ils veulent rattraper le temps perdu, par tous les moyens. Et ils ont confiance en eux. Avoir pu vivre à leurs côtés pendant un an fût une chance incroyable. J’ai ainsi appris à les comprendre, à comprendre leur système, à me repérer dans ce monde si compliqué, presque à me sentir comme un poisson dans l’eau. A peine un an après mon arrivée, au moment de rentrer à nouveau en Chine depuis le Vietnam, la première pensée à jaillir dans mon esprit fut : je me sens comme chez moi !

Je remercie chaleureusement Sciences-Po et la DAIE de m’avoir donne cette opportunité de vivre une expérience qui me marquera à vie, et, qui sait, sera peut être le point de départ de toute une aventure…

ANNEXES

1. Introduction de mon voyage dans le Yunnan, février 2005

2.Manifestation anti-japonaise, Shanghai, le 16 avril 2005

3. Voyage dans le Gansu, Mai 2005

1. Introduction de mon voyage dans le Yunnan, février 2005

Tout est maintenant presque en place pour commencer le récit de notre voyage de trois

semaines dans le Yunnan (云南"sous les nuages" appellée ainsi car la province du

Yunnan se situe au Sud de la province embrumée et humide du Sichuan, province la plus au sud-ouest de la Chine, coincée entre le Tibet et le Sichuan au nord, la Birmanie a l'ouest et le Laos au sud, mais aussi de la semaine juste avantpassée ensemble ou

j'étudieShanghai (上海, "sur la mer").

Shanghai et ses tours noyées dans la brume, Kunming et son art de vivre, puis le Nord du Yunnan (Dali et ses raviolis, le lac Erhai et notre ami pêcheur de cormorans, Lijiang ou Disneyland, la Tiger Leaping Gorge et ses étoiles filantes, Zhongdian -à quelques km du Tibet- et ses femmes-clowns, le lac Lugu et ses cow-boys) et enfin le sud du Yunnan, le Xishuangbanna (Jinghong et ses bad-boys birmans, Galanba et ses batailles d'eau, Songer et son mode de vie quasi-préhistorique, Menghun et sa douceur de vivre).

Nous avons découvert une province extrêmement diverse: entre Zhongdian au nord, perchée a 3200m, et ses -10 degrés la nuit, et Jinghong au sud, ville-frontière tropicale plantée au milieu de la jungle; entre Kunming, métropole déjà bien développée mais où l'on danse la valse à tout coin de rue, et le lac Lugu, d'un bleu saisissant, en plein milieu d'un désert, et au bord duquel vit une des dernières minorités matriarcales au monde. Nous avons rencontré des minorités ethniques surprenantes et complexes, toujours dignes, que ce soit les Miao de Dali, les Naxi de Lijiang, les Zang de Zhongdian, les Mosuo de Lugu, les Dai de Jinghong, les Lahu de Songer, les Bulang de Menghun... Nous avons aussi vu les "vrais" chinois, les Han, sous un tout autre angle, celui des Han touristes, très nombreux en cette saison du nouvel an chinois, se déplaçant généralement en groupe et, à quelques exceptions notables près, peu respectueux de l'environnement culturel qu'ils découvraient.

Nous avons plein de belles photos, plein de belles anecdotes, et de magnifiques souvenirs. Nous avons fait des rencontres inoubliables. Marianne, dans cet environnement non-anglophone, a progressé comme une fusée en mandarin. Vraiment, un voyage parfait, a fond la caisse, mais a chaque fois nous avons pris le temps de rencontrer les gens, de s'habituer aux lieux, de prendre du temps pour nous, pour se retrouver, se découvrir, rire.

Janvier-Février 2005, la mi-parcours de mon séjour en Chine, les dernières vacances de Marianne avant son diplôme. C'était important qu'on se voit, après presque 5 mois de séparation géographique. Ca nous a fait beaucoup de bien, et je trouve que notre amour en sort renforcé, plein de confiance en Nous. Je t'aime mon pti pottok indépendant des montagnes!

"jian shan jiu yao pa" (dès que tu aperçois la montagne, grimpe-la), telle fût notre philosophie de voyage. Nous n'avons (presque) jamais voulu céder à la facilité, et nous en avons (presque) toujours été récompensés. Ne jamais refuser une invitation, même fatigués, accepter de modifier nos plans à la dernière minute, ne pas reculer devant l'inconnu, bref, ne pas hésiter face à la montagne, mais se faire violence, la grimper sans se poser trop de questions, afin d'accéder à une expérience plus pure, plus vraie, à un bonheur plus authentique.

A nous, donc. A nos claviers, pour raconter le mieux possible ce voyage, permettre à nos proches ainsi qu'aux autres de se faire une idée de cette belle partie du monde et de partager notre expérience la-bas. Un récit à deux voix, illustré par nos plus belles photos.

2 Manifestation anti-japonaise, Shanghai, le 16 avril 2005

Aujourd'hui j'ai vécu quelque chose d'exceptionnel, il faut que je me pose pour décrire ce que j'ai vu le mieux possible, mais ce sera difficile: j'ai assisté à la manifestation antijaponaise d'aujourd'hui à Shanghai. Apres 7 heures de marche, je viens juste de rentrer, je ne sais pas comment les gens vont en parler mais je suis prêt à parier qu'on en reparlera longtemps! Je dirais 30 000 manifestants, la plus grosse manif (à Shanghai et à Pékin) depuis les événements de Tian An Men en 1989 et sans doute la plus grosse manif anti-Japon depuis les années 40. Des pancartes très violentes, un nationalisme chinois bouillant, des magasins et restaurants japonais saccagés devant nos yeux, des voitures retournées et cassées, assez violent, surtout à l'arrière du cortège. A la fin, une marée humaine autour du consulat du Japon, une muraille de policiers et militaires casqués, et un consulat défiguré par des jets de projectiles en tout genre, bouteilles de bière, pavés, bombes de peinture, œufs, pendant près de 4 heures. Nous sommes repartis vers 16h (nous avions commence sur la rue de Nankin a 9h et il n'y avait qu'une petite centaine de personnes!) et il y avait encore une énorme foule qui arrivait par vagues. Peut être que demain matin encore il y aura des gens qui seront en train de lancer des briques contre les vitres du consulat sous les yeux presque fermés de la police. Je comprends vraiment la haine que peuvent ressentir ces Chinois, là encore une histoire de face, mais ces débordements m'écœurent et sincèrement m'ont fait peur.

J'ai pris quelques notes sur mon fidèle petit carnet, au fur et à mesure que la foule s'épaississait et s'électrifiait. Je les reprends ci-dessous, c'est à peu près dans l'ordre chronologique:

Nous arrivons à 9 heures sur la place du peuple. Là on sent déjà une ambiance très spéciale. Il y a un groupe d'une centaine de Chinois qui s'est regroupé sur le coin de la rue de Nankin. Au hasard, sur les banderoles, je lis, parfois estomaqué : "Kill Japanese" "Fuck Japig" "Fuck Japanese" "Kill the Japan" (sic) "Boycott Japanese Goods", des riben (=Japon) barrés, des photos de Koizumi transformé en porc ou en chien grâce à Photoshop, des bras d'honneur dessinés sur fond de drapeau nippon, "Japan Go To Hell".

La troupe marche vite. Tous ont moins de 30 ans, beaucoup de filles, presque autant que de garçons. Beaucoup semblent peu habitués à manifester, certaines fois ils cafouillent les slogans et rient. Slogans à part, l'ambiance est encore bon enfant. On traverse le downtown de Shanghai, et les cuistots des lamian sortent, ébahis de voir ça. On remarque certains jeunes leaders, ils portent d'immenses drapeaux chinois, et crient à haute voix des slogans que la foule reprend de bon coeur. Les slogans sont durs ("da ri!" "da ri!", etc... qui veut dire, selon, "tuez les japonais!", "frappez les japonais!"), parfois on chante l'hymne national ("qi lai! qi lai!", "Debout! Debout!"). Les premières insultes envers les conducteurs de voitures japonaises commencent à fuser, on tape sur les voitures avec la paume. On est à H+1, la foule, d'une centaine, est passée à un millier. Toujours ce pas alerte, les quelques photographes suent des grosses gouttes pour rattraper le cortège.

Nous sommes à présent sur YanAn Lu, la rue la plus longue de la ville, qui la traverse d'Est en Ouest. On passe au sud du parc du peuple, direction l'Ouest. C'est là que la foule va se renforcer, retrouver d'autres groupes, et au bout de trois heures, il y a bien 5000 personnes.

Des badauds, souvent plus âgés, se massent sur les grandes passerelles (utilisées pour traverser les grands boulevards) et applaudissent les "jeunes" au passage. Tout me parait très organisé.

"Hey! Join us!" me lance un groupe de Chinois, petits drapeaux à la main. Je décline poliment l'offre en faisant mine de ne pas bien comprendre la situation.

Dans la foule, certain brandissent des photos de grands parents massacrés à Nankin.

On distribue plein de tracts résumant les raisons pour lesquelles il faut manifester, et énumérant les marques japonaises une par une afin de mieux savoir les boycotter. J'en prend un, "pour l'Histoire", le plie et le met rapidement dans ma poche.

Justement, nous croisons notre première publicité Toyota, sur le toit d'un immeuble. Jet de pommes et de bouteilles d'eau. Mais la plupart des projectiles frappe les fenêtres des appartements en dessous. Les habitants aboient et le cortège passe.

Un homme porte son petit garçon sur les épaules, le petit garçon porte un petit drapeau. L'homme scande des slogans que je ne comprends pas, mais la foule répond, presque en transe. Ce petit bonhomme tout haut perché comprend-t-il ce qui lui arrive? La foule semble aimer ce patriote en herbe.

Soudain, je m'arrête et me retourne. Tous ces drapeaux, tous ces jeunes, toutes ces femmes, cette ambiance encore bon enfant, le fait que tout le monde les rejoint et que tous les cent mètres la foule grossit d'une centaine de personne, ces sourires, cette énergie, je pense à la Révolution de 1848 (la deuxième République). Rien à voir me dirat-on, d'autant que la deuxième république avait instauré le suffrage universel (sic) mais voila le sentiment que j'ai, cette marche est lyrique, romantique, pleine d'espérance. C'est la première fois pour eux, c'est beau.

Les premiers haut-parleurs font leur apparition. La foule est maintenant immense. Il est 13 heures et quelques, il doit bien y avoir 10 000 personnes. Estomaqués, nous regardons tout ce monde. Il se passe bien 25 minutes entre la tête et la fin de cortège. Erreur de notre part peut être que d'avoir attendu cette fin de cortège, car celle-ci n'est plus la révolution romantique de 48. Une Honda est prise d'assaut. La femme à l'intérieur, chinoise, ne peut rien faire. J'imagine la peur qui doit l'envahir. On monte sur la carrosserie, en un éclair la voiture n'est que débris de verres. On ne touche pas à la femme, c'est au symbole que l'on s'attaque. Tout de même, la violence choque.

S'ensuit une série de voitures ainsi passées a tabac, une haie d'honneur se réjouissant de pouvoir se défouler (enfin? après tant de refoulements...) à loisir, sous le regard complice des policiers.

Du mini stand improvisé de calligraphies apparaissent. Les manifestants y achètent pour 2 kuai un beau "Non au Japon" "tuez les japonais" "Boycottez le japon" ou "castrez les japonais" (au choix, ça fait froid dans le dos)

Nous passons dans une zone en construction, on n'entend plus les slogans à cause des marteau-piqueurs. Juste devant moi, un manifestant enjoint les travailleurs de se reposer. "xiuxi xiuxi ba!" "Reposez-vous!". Mais les travailleurs de répondre d'un signe de la main que non, ils doivent continuer à travailler. Il ne faut pas rêver, nous sommes à Shanghai! Mais face à une telle foule, les marteau-piqueurs progressivement s'éteignent quand même. Les travailleurs lèvent le poing! Les cuistots tout de blanc vêtus, eux aussi, sortent et scandent des slogans repris avec amusement par la foule.

Une Toyota arrive de la gauche, et a l'air de vouloir tenter de traverser la foule. Deux manifestants lui disent de vite faire demi-tour. Beau geste d'humanité dans cette ambiance qui commence à se détériorer. Pause déjeuner, on mange des raviolis. 30 minutes plus tard, d'autres groupes arrivent encore, d'on ne sait où!

On apprend que le cortège se dirige vers le consulat du Japon. Il se situe en face de notre restaurant japonais préféré. Sur cette place et dans les rues adjacentes, des dizaines de milliers de personnes s'attroupent. On n'avance plus. Plus de mouvement, donc les gens s'embêtent, et ils commencent à être violents. Tous les restaurants japonais du coin sont saccagés jusqu'au dernier bris de verre.

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http://thejourney.canalblog.com/images/restau_saccage_2.jpgUne Nissan est retournée. Une pancarte est posée dessus. On y lit: « il faut castrer les Japonais. » Les policiers forment un cordon de sécurité. « Keyi pai, keyi pai » (« vous pouvez prendre des photos ») disent-t-ils, tout de même.

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La foule, à tour de rôle, jette tout ce qu'elle a sous la main sur les murs du consulat. En temps normal il ne ressemble a rien, mais là, même en n'étant pas Japonais, on imagine bien l'humiliation qu'ils peuvent ressentir.

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Les policiers sont partout et forment des murs humains pour canaliser les gens. Les militaires casqués façon CRS font leur apparition.

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Ils ne font rien mais assurent que personne n'entre dans le consulat. Spectacle hallucinant. Des briques, des grosses bouteilles de bière, volent, et tout le monde regarde en espérant que celles-ci transperceront enfin les quelques fenêtres dures a cuir. Des canettes de peinture s'écrasent contre les murs. Le consulat général du Japon ressemble à un gribouillis d'un enfant de 4 ans. Et encore des gens qui arrivent. On pense qu'il y a bien en tout 30 000 personnes. Les chiffres ne veulent rien dire. Imaginez des boulevards entiers noirs de monde, une marée humaine. Des bouteilles tombent sur les militaires parfois, au lieu du consulat, et c'est à ce moment qu'on se dit qu'il faut partir. On tente de me refiler une pancarte (dont le slogan n'est pas trop agressif et en essence fait référence, en anglais, à la Chine perdant sans cesse la face a cause du Japon) je la prends et cherche un endroit pour la poser. Ne nous melons pas de ça sans tout comprendre.

Un Chinois à qui on parle tout à la fin nous dit que tous les chinois se rappelleront du 16 avril 2005....

J'ai pris des photos sur l'appareil numérique d'une amie de Boris (lui en prenait avec un vrai bel appareil pour les faire développer et peut être exposer). Ce sont des photos exceptionnelles je pense car voir une telle manifestation en Chine est chose rare. J'ai aussi filme le cassage de voiture où en trois secondes la Honda, avec une femme au volant, s'est faite attaquer par la fin du cortège et en est sortie sans vitre arrière, entièrement défoncée et la carrosserie complètement cassée.

Nous étions toujours en dehors, en observateurs ahuris, bouche-bées, parfois admirant ce nationalisme chinois (qui va un peu à l'encontre de l'idéal internationaliste communiste mais qui est si typique au modèle chinois qui s'est toujours construit contre l'"autre"), cette spontanéité avec laquelle les shanghaiens sont sortis dans la rue, se sont joints au cortège, parfois craignant l'effet de foule (un effet rapidement possible en Chine) qui amène les gens à oublier toute retenue, et souvent révoltés par cette haine de l'autre et la complaisance de la police, de l'armée populaire et donc in fine de l'Etat.

Voila, à peine rentré du Hunan, j'ai eu la chance de vivre ce petit moment d'histoire, j'espère que la situation ne se dégradera pas plus que cela, que mes amis Japonais ne seront pas pris à partie (la copine d' Eric a peur d'aller en cours). Cette haine et cette force populaire, qui ressemblent à un véritable tsunami, fait froid dans le dos. Ca me rappelle Jakarta 1998 lorsque les Indonésiens, en pleine crise économique et financière, s'en étaient pris au Chinois et Indonésiens d'origine chinoise, à leurs magasins, il y avait eu des lynchages, des magasins brûlés, des morts. Le message n'était pas clair. C'était, dans un moment de grandes tensions sociales et économiques, la seule issue, le seul moyen de canaliser cette colère, sous un régime dur qui interdisait sa propre remise en question. Il fallait un bouc émissaire ; il fallait un bouc émissaire étranger, ce furent les Chinois, car ils étaient considerés les riches et profiteurs du pays.

Bien sur cette comparaison a ses limites et ses points d'interrogation: que veulent dire ces manifestations partout en Chine contre le Japon et tout ce qui est japonais?

Est-ce seulement de la haine? Est-ce une manière pour l'Etat de ranimer une sorte de nationalisme qui se désintègre depuis l'ouverture de Deng Xiaoping il y a 20 ans? Est-ce une manière pour le peuple de se retrouver, de vibrer a nouveau à la même fréquence, après tant d'années où manifester lui était impossible, après l'échec du mouvement pour la libéralisation politique de Tian An Men de 1989? Est-ce les deux, ce qui expliquerait cette complaisance malsaine des autorités?

Est-ce que cette manifestation "anti-étranger" peut porter en elle une espérance, celle que d'elle naîtra une génération qui sait se regrouper, s'organiser, vibrer d'une même corde pour une cause non plus extérieure, mais intérieure (la libéralisation du système politique et des medias par exemple). Ou veut-on leur en faire dire trop, à ces manifestants, en pensant que peut être ces mêmes jeunes (hommes et femmes, tous moins de 30 ans) pourront peut être, eux, et grâce à ces manifestations "d'entraînement", être armés pour manifester contre ce qui les oppresse vraiment (car la reconnaissance des massacres de Nankin, des crimes de guerres et de la guerre d'agression des années 30, ainsi que les conflits territoriaux pour raison de réserves de gaz, ne sont que très loin sur la liste des griefs du Chinois pauvre qui tente tous les jours de survivre, ainsi que d'une majorité croissante de Chinois de e moyenne qui se préoccupent de plus en plus de libertés politiques), alors que les choses sont sans doute plus simple, plus basiques, moins réfléchies, plus spontanées, pure réaction nationaliste et populaire a un Japon prétentieux et honteusement amnésique, qui ne mérite clairement pas sa place au sein du Conseil de Sécurité.

Toutes ces questions bouillonnent dans mon esprit, comme mon sang bouillonnait dans mes veines en voyant ce qui se passait dans les rues de Shanghai aujourd'hui. Mélange d'incompréhension, d'espérance, de dégoût, de questions politiques et sociologiques, de questionnements sur l'avenir à court, moyen et long terme de cette Asie de l'Est devenue en quelques années, et presque incognito, une nouvelle poudrière (Corée du Nord, Taiwan/Chine, Japon/Chine, et Japon/Corée du Sud dont on parle beaucoup moins alors que la haine des Coréens pour les Japonais n'est pas loin d'égaler celle des chinois).

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"Pensez-vous qu'un jour le Japon s'excusera publiquement et pleinement de ses erreurs diplomatiques (Koizumi qui visite les tombes de criminels de guerre, l'affaire des livres d'Histoire), et historiques (la guerre d'agression et le massacre de Nankin incroyablement minimisés, sans cesse) commises à l'encontre de la Chine?"
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"Non" me répondit le chinois d'une quarantaine d'année qui observait et approuvait le cassage du consulat, sous nos yeux.
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"Mais alors pensez-vous, au vu des événements récents et de la dégradation dramatique de la situation, que la Chine et le Japon pourraient entrer en guerre?"
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"Non, Impossible."

Voila cette situation bien résumée. Cette partie du monde est une poudrière, mais la probabilité d'une guerre bilatérale ou multilatérale dans cette région, obsédée par le développement économique et par son insertion, ou son maintien, dans le marché et la culture mondiale, est quasi-nulle. Cependant, l'alternative fait tout aussi peur car où s'arrête cette xénophobie au sang chaud, cette haine de l'autre (l'autre étant Japonais ou Coréen ou Chinois), qui grandit sans cesse en Chine, en Corée du Sud, et probablement très bientôt au Japon? Cette situation, où les autorités et le peuple font la paire, où la police regarde avec complaisance les haines se créer et se vivre, est une perspective bien effrayante.

Que peut-on espérer pour les jours à venir? Une excuse publique du Japon? Ce serait en effet le début de la solution. Mais elle ne viendra pas si facilement, car le Japon est le Japon. Et le saccage de ses ambassades ne va pas dans ce sens. Une attitude moins complaisante des autorités chinoises afin de faire cesser les attaques anti-japonaises qui ont déjà fait quelques morts dans le sud du Pays et provoqué le tabassage de trois étudiants japonais de Shanghai? Oui sans doute, mais les autorités ont peur de contreattaquer, surtout contre des porteurs de drapeaux chinois, des "nationalistes" qui disent manifester pour le bien de la Chine (voir les très nombreuses banderoles "Wo Ai ZhongHua", "J'aime la Chine").

Les autorités, depuis Tian An Men, redoutent l'usage de la force contre le peuple chinois pour au moins deux raisons. La première est l'implication politico-mediatique au plan international d'une telle action, qui renverrait la Chine à la période post-Tian An Men et qui réduirait en cendres ses rêves de rejoindre l'élite mondiale. La seconde, est son éternelle peur du peuple, qui, tel un dragon, aime le sommeil (et l'aveuglement politique), mais se révèle très peu docile une fois réveillé. Pour preuve, dans certaines villes déjà, les manifestants ont ignoré les interdictions de manifester décrétés par les autorités, créant de fait une situation explosive très délicate à gérer pour l'Etat. Et puis faut-il vraiment espérer une intervention plus musclée des autorités? Car on peut espérer que ce genre de manifestations, certes extrêmement douteuses sur le plan moral, peut aussi porter en germe des manifestations à venir beaucoup plus justifiables. Car à travers l'apprentissage de l'art de manifester, de s'organiser, de faire des slogans, de rallier, de penser la confrontation, cette nouvelle génération, qui est descendue pour la première fois dans la rue aujourd'hui (et à Pékin il y a quelques jours, ainsi que dans plein d'autres villes demain), on a le droit de l'espérer, pourra peut être un jour s'organiser et rallier autant, voire plus, de monde pour des causes qui les touchent plus directement et que l'Etat préfère faire oublier en brandissant un nationalisme anti-japonais sans doute moins crucial qu'il n'y parait.

3 voyage dans le Qingha, le Sichuan et le Gansu, Mai 2003

Je suis a Xining (le Xi qui veut dire Ouest --西宁), la capitale du Qinghai (青海), une énorme province oubliée par tous au Nord-Ouest de la Chine. Pour situer un peu, cette province est sur le plateau Tibétain (Xining est a 2300m), encadrée au Nord par le Gansu (甘肃) (mais surtout pas loin du tout de la Mongolie), à l'Est encore par le Gansu, au sud par le Sichuan ( 四川)et à l'Ouest par le Tibet (西藏)! C'est une province en grande majorité vide, ou plutôt pleine de paysages magnifiques, montagneux, mais aussi de grassfields caoyuan 草原 en chinois) à perte de vue, il y a une population de moutons a faire pâlir un chinois, presque autant de yaks, et plein de beaux chevaux noirs qui paissent paisiblement. La plus grande ville est Xining avec un peu plus d'un million d'habitants. On voit plein de moines tibétains ( ) se balader dans les rues (encore avec leurs baskets nike!), encore plus de Hui (回), musulmans, avec leur chapeau blanc sur la tête et la barbe au menton (il sont TROP gentils) qui préparent des lamian dans tous les sens, mais aussi plein d'autres plats, souvent dans des hotpots avec du mouton ou du bœuf et des légumes. L'autre moitie est Han(汉). Mais tout le monde a une tête spéciale ici, c'est peut être parce que dans les années 30 puis les années Mao, on envoyait dans la province du Qinghai les criminels (les vrais ainsi que les politiques)... Ici on boit du thé rouge, ou du thé au beurre de yak.

http://thejourney.canalblog.com/images/train_pour_xining1.JPG

La ville en elle même estHan, ga