Retour à Destination Chine
REVE Anne-Lise reve_annelise (at) hotmail.com
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Introduction ……………………………………………………………….…………..…………… p.4
I. S’installer en Chine : de l’éloge de la ténacité et de la patience
A. Des formalités simples avant le départ ………………………………………………… p.5
B. Quelques détails pratiques à l’arrivée …………..……………………………………… p.5
C. Les inscriptions, délices de la découverte de l’administration chinoise ………...…….. p.6
D. Se loger à Shanghai …………………………………………………………………...….. p.7
E. Ouvrir un compte bancaire en Chine ? ………………………………………………….. p.9
Conclusion ………..………………………………………………………….…………………… p.23
Comment parler de la Chine sans tomber dans l’inévitable évocation de ses contrastes, de la rencontre des contraires qui s’y opère, de l’immensité de son territoire, de la richesse de sa culture et de son patrimoine, de sa course effrénée vers la modernité ? Comment louer un pays qui suscite un engouement tel que tout éloge devient lieu commun mille fois entendu ? Mais parallèlement comment retracer une année passée dans l’un de ses poumons économiques et culturels sans en faire l’éloge ?
Oui, la Chine est aujourd’hui un pays qui avance à une allure folle vers une modernisation dont Shanghai est la cristallisation. Y vivre suffisamment longtemps pour s’en approprier le rythme offre alors une opportunité rêvée pour prendre le pouls de ces immenses bouleversements qui ébranlent la Chine jusque dans ses provinces les plus reculées. De fait, toutes les populations, tous les styles, tous les modes de vie s’y côtoient sans nécessairement se mêler. On rencontre à Shanghai le travailleur migrant du Sichuan venu bâtir les tours de verres que peuplera la nouvelle élite économique au mode de vie tapageur. Les ruelles d’antan aux basses maisons de bois ocre y survivent à l’ombre des tours futuristes sans cesse plus envahissantes. La fierté patriotique trouve en elle son incarnation alors que la ville doit son succès à son inscription résolue dans la mondialisation. Or, parce qu’elle réalise cette cohabitation des contraires, Shanghai n’est pas exclusivement cette vitrine ultramoderne de l’Etat chinois. Et c’est en raison de cette complexité, de cette richesse que l’on ne perçoit pas au premier abord, que Shanghai vaut la peine que l’on s’y attarde et que l’on fasse d’elle la base à partir de laquelle partir à la rencontre du reste de la Chine. Si les Chinois la voient comme le symbole des efforts d’industrialisation et d’urbanisation de l’ensemble du pays, point de convergence des faisceaux de modernité partant des quatre coins du territoire, remontons alors cette toile pour faire de Shanghai le tremplin vers la découverte des autres facettes de la Chine.
Ce rapport se veut avant tout un passage de relais auprès des futurs étudiants de Sciences Po à Fudan, il s’ouvrira donc par toute une série de conseils et descriptions pratiques relatifs à l’installation en Chine, eu égard à la multiplicité des formalités à accomplir. Il y sera dans un second temps présenté ce que signifia pour moi « étudier en Chine », cette recherche d’un équilibre fragile entre un environnement universitaire favorable mais insatisfaisant et des formes annexes d’apprentissage du chinois. Enfin, parce qu’étudier en Chine n’est pas une fin en soi mais bien plutôt un moyen d’y vivre bien, nous tâcherons de dresser le panorama de cette vie en Chine, des différents niveaux dans lesquels elle s’inscrit et des moyens de remonter les fils d’une toile ayant Fudan comme épicentre pour entrer au cœur de réalités chinoises très diverses.
I. S’installer en Chine : de l’éloge de la ténacité et de la patience
L’arrivée en Chine est nécessairement une période quelque peu chaotique, en particulier pour l’étudiant qui s’y rend sans en comprendre la langue. Submergé par des sinogrammes qu’il ne déchiffre pas et des conseils fort aimables mais qu’il ne comprend pas, le sinisant en devenir peut passer par un moment de découragement certain. Quelques conseils pratiques peuvent alors non pas soulager le désarroi qui risque de l’envahir mais du moins lui faire prendre conscience que non, le sort ne s’acharne pas contre lui mais contre tous les insouciants qui, comme lui, eurent l’audace de ne pas maîtriser le putonghua avant leur arrivée en Chine.
A. Des formalités simples avant le départ
Les formalités précédant le départ sont relativement simples en ce qu’aucun vaccin ou traitement ne sont impérativement requis pour vivre en Chine. Les seuls impératifs sont donc l’assurance (le Worldpass à 36 euros par mois de la SMEREP/AIPS1 est impeccable) et le visa, dont la nature vient tout juste d’être simplifiée. Tous les visas sont désormais multi-entrées ce qui permet de voyager aisément non seulement en Asie mais aussi à Hong Kong et Macao, dont la visite impliquait un renouvellement de visa pour rentrer sur le territoire chinois jusque fin 2004.
Avant le départ, il peut être sage de réserver une chambre auprès de la résidence pour étudiants étrangers de Fudan (moyennant une caution de 100 dollars US). En effet, certains étudiants suivent des programmes d’été-automne, ce qui peut rendre le nombre de chambres disponibles limité durant les premiers mois. Nous eûmes la chance d’arriver suffisamment tôt pour bénéficier d’une chambre simple _les chambres doubles étant réservées aux étudiants boursiers_ mais certains étudiants moins chanceux durent se loger en dehors du campus.
Il est par ailleurs impératif de se munir des tests médicaux (originaux) faits en France pour valider l’inscription à Fudan. Ils seront contrôlés par les services sanitaires au moment de l’inscription et, même s’ils ne garantissent pas que vous ne devrez pas les refaire intégralement, ils peuvent vous permettre de passer entre les mailles du filet.
Enfin, quant au voyage lui-même, il n’est pas nécessaire de prendre un aller-retour ou un billet open en ce sens où les allers simples pour la France depuis Shanghai peuvent s’acheter à tout moment et à des prix raisonnables.
B. Quelques détails pratiques à l’arrivée
Comme nous le disions plus haut, le novice peut être quelque peu désorienté à son arrivée à l’aéroport. Quelque soit la date d’arrivée, le mieux est de se rendre directement à la résidence pour étudiants étrangers de Fudan. Respectant scrupuleusement les indications parcellaires fournies, j’ai logé au Youth Hostel pendant quelques jours en attendant le début des inscriptions, précaution totalement inutile et qui aurait pu m’ôter la possibilité d’avoir une chambre tant les étudiants se pressent à la résidence. La meilleure solution est donc de tenter d’obtenir une chambre dès son arrivée (le Youth Hostel de Fuzhou Lu demeurant une option idéale s’il vous faut néanmoins attendre quelques jours).
Il n’est pas nécessaire de changer de l’argent en France ni même de vous munir de travellers chèques en ce sens où les distributeurs automatiques abondent même dans les provinces les plus reculées de la Chine. L’idéal est sans doute de vous munir d’une forte somme en euros (car vous aurez à payer en une fois vos six mois de loyer pour la résidence) que vous changerez sur place.
1 SMEREP, 106 rue de la Folie Méricourt, 75011 Paris
C. Les inscriptions, délices de la découverte de l’administration chinoise
1. L’obtention d’une chambre à la résidence pour étudiants étrangers de Fudan
Le premier impératif à la sortie de l’avion est donc l’obtention d’une chambre à la résidence pour étudiants étrangers. Cela requiert nécessairement beaucoup de patience et génère un certain découragement en ce que l’on prend soudainement conscience, face à la préposée déployant des merveilles de mauvaise volonté, que la suite va être très dure… Disons que nous nous en sommes finalement sortis, grâce à un don inné pour le langage des signes et l’aide généreuse d’un étudiant chinois, et qu’après une heure de pourparlers, nous avons pris possession d’une chambre individuelle extrêmement confortable, avec air conditionné et salle de bain privative, pensée tout spécialement pour les besoins d’étrangers pouvant débourser 2700 ¥ par mois pour cette petite merveille. En tant qu’étudiant en échange, vous ne pourrez vraisemblablement obtenir qu’une chambre simple, les doubles étant réservées aux boursiers du gouvernement chinois.
Pour faciliter ce moment difficile, mieux vaut se munir de nombreuses photocopies du passeport et du visa, de photos d’identité, ainsi que de yuans pour payer la caution. De même, comme je l’ai souligné précédemment, il importe d’arriver en Chine avec beaucoup d’argent liquide car il vous sera demandé de payer en une seule fois les loyers du premier semestre. Or les banques chinoises ont des plafonds de retrait hebdomadaire qui ne permettent pas d’obtenir une telle somme pour la date du règlement.
Après ces premières heures éprouvantes durant lesquelles vous vous débattrez pour tenter d’obtenir une chambre et de remplir les formulaires en chinois tout en implorant du regard les quelques étudiants étrangers ayant des bases tant de chinois que d’anglais, quelques jours de répit vous seront accordés avant le début des festivités…
2. Les inscriptions administratives
Le but n’étant pas ici de vous faire un récit haut en couleur de nos mésaventures, disons simplement que les inscriptions administratives _qui recouvrent tant l’inscription aux cours que l’enregistrement officiel à la résidence_ sont une entreprise complexe… Elles ont lieu dans le hall de la résidence, s’étalent sur deux jours et génèrent un chaos indicible. Votre rôle sera de faire interminablement la queue devant le bureau n°1, puis le bureau n°2… et ce jusqu’à la délivrance qu’incarne le « bureau des paiements » après un joyeux détour par la case « visite médicale ». Vous chérirez les quelques documents en votre possession que vous aurez pris soin de photocopier en maints exemplaires : votre lettre d’invitation de Fudan (fournie par Sciences Po), votre formulaire JW202 (pour l’obtention du visa), vos radios, tests sanguins et autres examens médicaux réalisés en France pour valider votre inscription à Fudan, et les quelques coupons illisibles qui vous auront été délivrés au moment de votre arrivée à la résidence. Si par malchance manque un tampon vous serez impitoyablement rétrogradé au bureau n°1 où il vous faudra tout recommencer.
Pour en avoir fait la douloureuse expérience (sanctionnée par un retour au bureau n°1), je vous incite à faire très attention lorsque l’on vous assigne le statut d’étudiant « normal », « boursier » ou « en échange » car il conditionne le règlement des droits de scolarité (et accessoirement l’obtention des draps et des couvertures à la résidence…). Vous ne devez avoir à régler en vertu des accords passés entre Sciences Po et Fudan, que les residence fee.
3. Les formalités sanitaires
Les formalités sanitaires et l’obtention du certificat médical conditionnent non seulement votre inscription à Fudan mais plus largement l’obtention de votre permis de résident. Impossible donc, sans lui, de rester plus de quelques semaines sur le territoire chinois.
L’arbitraire le plus pur s’exerce au moment de la visite médicale. Selon la magnanimité du médecin qui examinera vos certificats français, vous aurez ou non à repasser l’intégralité des examens, moyennant finance évidemment. C’est sans doute l’une des rares fois en Chine où des heures de négociations restèrent sans effet. Ne vous épuisez donc pas, passez, résignés, par le camion « radio » puis la chaise « prise de sang », sans même tenter d’expliquer qu’il est peu probable que l’état de vos poumons se soit radicalement détérioré en l’espace de deux mois. Votre interlocuteur aura les meilleurs arguments pour prouver que vos documents ne sont plus valides même si c’est bel et bien pour votre inscription à Fudan qu’ils vous ont été délivrés en France…
4. Les formalités policières
Quelques jours après cette visite médicale vous sera délivré un certificat médical dont l’obtention conditionne le début des formalités policières. Muni de ce certificat et de tous les papiers que vous aurez gagnés pour prix de votre ténacité lors de la journée d’inscriptions administratives à Fudan, vous devrez vous présenter au Shanghai Public Security Bureau pour obtenir un permis de résident valable le temps de votre scolarité. Je ne m’attarderai cependant pas sur ce point car le système a changé fin 2004, ce residence permit étant désormais apparemment intégré aux nouveaux visas qui nous furent délivrés. Notez que les autorités de Sécurité Publique seront votre interlocuteur constant pour toutes les démarches relatives aux extensions de visa, changement d’adresse, changement de statut, renouvellement de permis de résident… Il est par ailleurs important de souligner que vous ne pouvez jamais vous adresser directement à elles mais devez au préalable passer par le Foreign Student Office de Fudan qui vous délivrera un premier certificat vous permettant d’aller en quémander un second…
Ces formalités relatives à votre visa et votre statut de résident en Chine sont à distinguer de celles qu’il vous faudra réaliser auprès de la police locale si vous choisissez de vivre à l’extérieur de la résidence pour étrangers de Fudan. Il vous faudra alors obtenir un certificat de scolarité de la part du Foreign Student Office de Fudan ainsi qu’un certificat d’habitation de la part de votre propriétaire qui vous permettront de vous faire enregistrer au poste de police.
D. Se loger à Shanghai
Une fois acquise une existence légale en Chine et universitaire à Fudan au terme de ces dures heures de confrontation avec l’administration et les instances sanitaires et policières, il convient de s’installer à proprement parler, de trouver un logement à proximité de l’université pour pouvoir aborder au mieux le début des cours vers la mi-septembre.
Si j’ai fait le choix, en arrivant à Shanghai, de vivre à la résidence pour étrangers, c’est avant tout par souci de facilité en ce sens où je ne parlais pas du tout le mandarin et qu’entrer en contact avec l’agence immobilière, le propriétaire et les autorités, avec tout ce que cela impliquait de formalités me semblait difficile à gérer. Par ailleurs je ne savais guère s’il était possible pour un étudiant étranger de louer un appartement pour une période courte, et le cas échéant, à qui m’adresser et sous quelles conditions signer le contrat. Vu de l’intérieur, cela m’apparaît cependant aujourd’hui comme une option tout à fait réalisable, et ce même pour un étudiant ne parlant pas chinois. Les alentours regorgent d’agences honnêtes dont les employés sont extrêmement patients et attentionnés envers les étrangers. J’ai eu recours à leurs services pour le second semestre, et tout s’est passé pour le mieux, tant avec l’agence qu’avec le propriétaire.
1. Des avantages de la résidence… dans un premier temps
Après avoir fait l’expérience tant de la vie sur le campus qu’hors de ses murs, je conseillerais néanmoins aux étudiants parlant très peu chinois à leur arrivée de passer le premier semestre à la résidence. L’idéal est selon moi de distinguer entre premier et second semestres, et ce moins sur un plan pratique _car comme je viens de le souligner il est aisé de trouver un appartement même avec une connaissance nulle du mandarin_ qu’eu égard au réseau de sociabilité qui se tisse entre les étudiants étrangers dans la résidence.
J’ai pris en horreur dès mon arrivée cette concentration d’étrangers en un bâtiment si luxueux, relégué à l’extrême nord du campus pour mieux matérialiser la séparation d’avec les étudiants chinois vivant dans des conditions nettement moins favorables. Et de fait, on y entend bien davantage résonner l’anglais que le chinois. Néanmoins, dans les premiers temps, lorsque aucune communication véritable n’est possible avec les étudiants chinois faute d’une maîtrise rudimentaire de leur langue, il est très bénéfique de vivre avec des étudiants dont le niveau de chinois est relativement homogène. De fait, la plupart des étudiants japonais et coréens ne parlant pas anglais, la communication doit se faire en chinois. Les progrès sont sans doute plus rapides entre étudiants au chinois balbutiant mais tentant néanmoins d’échanger qu’en vivant en immersion dans un cadre où la communication ne s’instaure pas car le décalage est trop grand. Par ailleurs, passer une année en Chine implique nécessairement une rupture, un manque affectif. Or vivre dans un environnement aussi riche, où foisonnent les nationalités, les personnalités et les centres d’intérêt, permet de recréer un équilibre relatif, une base avant de pouvoir littéralement prendre son envol dans la culture et la vie chinoises.
Néanmoins, au fur et à mesure que le niveau de chinois progresse s’intensifie la frustration de vivre entre étrangers, de communiquer principalement en anglais, et d’être même séparés des étudiants chinois par de hautes grilles de fer, symboles de ce fossé que je ne parvenais pas à franchir en restant à la résidence.
2. Vivre enfin en Chine : quitter le microcosme de la résidence pour étudiants étrangers
Ainsi, si selon moi la résidence demeure indéniablement l’option la plus judicieuse, même sur un plan linguistique, pour l’étudiant débutant, j’ai eu réellement besoin à la fin du premier semestre, de quitter un environnement qui ne correspond en rien au rythme de vie chinois.
C’est alors que j’ai fait l’expérience de la recherche d’un appartement, entièrement laissée il faut l’avouer au soin de l’agence immobilière. Les frais d’agence s’élèvent à un tiers d’un mois de loyer, à régler au moment de la signature du contrat. Il est à noter qu’il est relativement difficile, surtout en milieu d’année, de trouver des appartements pour une personne. La plupart ont deux ou trois chambres ainsi qu’une grande pièce de vie. Il faut compter dans les immeubles neufs (ce qui signifie des appartements impeccables entièrement équipés) environ 3000 ¥ pour un appartement de deux chambres et 3600 ¥ pour trois chambres. Les prix peuvent être diminués de moitié dans les appartements les plus anciens, mais il convient alors de faire très attention aux installations de gaz et d’électricité, des accidents ayant pu avoir lieu. La caution s’élève à un mois de loyer, le loyer pouvant être réglé tous les trois mois ou tous les six mois (ce qui permet alors d’obtenir une petite réduction sur le montant total). Il est par ailleurs possible d’installer une connexion illimitée à internet pour 140 ¥ par mois. Il est donc à l’évidence bien plus économique de vivre en dehors du campus lorsque l’on partage une collocation, les frais s’élevant à un peu moins de 1500 ¥ par personne et par mois contre 2700 ¥ à la résidence.
Il existe des dizaines d’appartement pouvant être loués pour six mois ou un an dans les rues jouxtant l’école. Vivre en dehors du campus ne signifie donc en rien s’éloigner du lieu des cours. Cela signifie par contre la découverte d’une vie de quartier, même dans une zone aussi infernale que Wujiaochang _Fudan étant cernée de travaux de construction, de réfection, de démolition_. Grâce au niveau de chinois progressivement acquis, la communication s’instaure enfin même si elle reste embryonnaire. Echanger quelques mots avec les commerçants, être connue d’eux, du gardien de l’immeuble, sont des petits plaisirs quotidiens qui font mesurer le chemin parcouru. Et ils aident à en parcourir une portion supplémentaire…
Si, selon moi, la vie hors campus est amplement plus enrichissante une fois un niveau linguistique minimum atteint, elle génère évidemment certains désagréments. J’ai parlé plus haut de l’enregistrement auprès de la police locale, qui implique d’aller au préalable modifier sa situation au Foreign student office qui délivrera à son tour le certificat indispensable. Quitter la résidence requiert également une modification relativement onéreuse du permis de résident auprès du Security Bureau. Payer les factures d’eau, d’électricité, de gaz et de téléphone peut également s’avérer un calvaire… jusqu’à ce que l’on comprenne que tous les petits supermarchés servent d’intermédiaires et qu’il est n’est pas nécessaire de parcourir des kilomètres à vélo pour aller au siège de la compagnie.
Des petits tracas quotidiens, donc, mais selon moi amplement compensés par ce sentiment de vivre enfin en Chine, et ce même si au fond les contacts avec les chinois demeurent très parcellaires.
E. Ouvrir un compte bancaire en Chine ?
Au moment de l’installation en pays étranger se pose nécessairement la question de l’ouverture d’un compte bancaire. Du fait de l’abondance des distributeurs un peu partout en Chine et de la facilité de retirer de l’argent avec n’importe quelle carte bancaire, nombreux sont ceux qui estimèrent inutile d’ajouter encore d’autres formalités à la liste interminable de celles qu’ils venaient déjà d’accomplir. Pour ma part, je suis inconditionnellement pour le compte bancaire en Chine, parce que c’est infiniment plus pratique et moins onéreux.
Il est très simple d’ouvrir un compte, il suffit de son passeport et de sa carte d’étudiant ou de la lettre d’invitation de l’université. J’ai choisi la Bank of China parce qu’elle est implantée absolument partout sur le territoire chinois et qu’il est possible avec sa carte de retirer de l’argent dans n’importe quelle banque chinoise. Plutôt que d’utiliser ma carte française pour retirer périodiquement des yuans moyennant une commission assez lourde, j’ai donc fait un virement en euros sur mon compte chinois, les changeant en yuans au fur et à mesure.
II. Etudier en Chine : entre le bonheur de maîtriser peu à peu le mandarin et la frustration de n’appréhender que la dimension linguistique de la culture chinoise
Au terme de ces longues formalités viendra enfin ce pourquoi vous êtes réellement venus en Chine ; l’apprentissage du mandarin. Les cours débutèrent pour nous aux alentours du 15 septembre. Il est néanmoins nécessaire d’arriver dès le 1er septembre à Fudan pour obtenir une chambre à la résidence et réaliser les inscriptions pédagogiques (les 3 et 4 septembre). Mes sentiments quant aux cours évoluèrent au fil du séjour et au fil de ma progression, en particulier du fait de leur caractère très répétitif. Il faut néanmoins rendre justice aux enseignants et au programme pédagogique de Fudan qui sont de qualité et nous permirent en peu de temps de nous insérer dans un environnement qui nous était entièrement étranger.
A. Fudan Daxue : un campus gigantesque rendant la vie confortable
Etudier le chinois à Fudan signifie entrer dans l’une des plus importantes universités chinoises désormais centenaire. En terme de renommée, on estime généralement que Fudan occupe le quatrième rang en Chine et le premier à Shanghai.
Pour l’étudiant étranger, dont les contacts avec ses homologues chinois sont dans un premier temps extrêmement réduits, Fudan signifie avant tout un campus immense sur lequel vivent et étudient près de 45 000 étudiants répartis dans pas moins de 69 départements proposant 201 masters et 134 doctorats... Pour ceux qui, comme moi, n’avaient jamais fait l’expérience de la vie sur un campus, cela a quelque chose d’étourdissant et d’étouffant de prendre part à cette vie en cercle clos, où tout est prévu pour que l’étudiant n’ait pas besoin d’en franchir l’enceinte.
En sus des salles de cours et des dortoirs, on y trouve six ou sept cantines, une grande bibliothèque dotée de magazines en anglais, cinq stades et complexes sportifs dernier cri, des jardins et des pelouses innombrables où flânent les étudiants le soir venu ainsi que des dizaines de petits commerces proposant produits alimentaires, fournitures, vêtements et tout ce dont un étudiant peut avoir besoin…
A l’occasion de son centenaire, l’université achève la construction en son cœur de deux immenses tours déjà devenues symbole de sa modernité et de son importance sur la scène universitaire chinoise.
Tout n’est donc ici que gigantisme et modernité au service des étudiants. Inutile de spécifier que la vie y est aisée pour un étudiant ne parlant pas encore le chinois. Il peut y manger pour quelques yuans, y dormir, y faire ses courses et prendre part aux diverses associations sportives ou culturelles. Si cela peut devenir pesant au fil des mois, il est indéniable que c’est très confortable et sécurisant les premières semaines. Il est néanmoins important de souligner le lourd contraste de traitement entre les étudiants chinois et étrangers en matière de logement, les premiers étant entassés à six ou huit dans des chambres minuscules, sans chauffage ni sanitaires, tandis que les seconds bénéficient d’appartements individuels luxueux. Cette coupure se matérialise d’ailleurs physiquement, la résidence pour étrangers se situant à l’extrémité nord du campus tandis que les cours ont lieu dans des bâtiments hors campus.
B. Etudier le chinois à Fudan : des méthodes et une équipe pédagogiques de qualité…
Je suis arrivée à Fudan en parlant à peine quelques mots de mandarin ; il faut donc garder à l’esprit que la vision que j’ai eue de son enseignement correspond à celle d’une débutante. Or elle peut selon moi être très différente pour un étudiant ayant déjà acquis un niveau certain de chinois.
1. Déroulement de la scolarité
Quelques jours avant le début des cours a lieu un test écrit et oral visant à répartir les étudiants en groupes de niveau. Pas d’inquiétude néanmoins, ce test est tout à fait informel et indicatif et ne déterminera en rien votre affectation définitive à telle ou telle classe. Vous bénéficierez en effet d’une semaine pour tester différents groupes et choisir celui qui convient le mieux à vos connaissances.
L’étudiant progresse normalement de deux niveaux par semestre. Là encore, si chaque niveau est sanctionné par un examen, celui-ci demeure également très indicatif en ce sens où vos résultats ne conditionnent pas votre passage (ou non). C’est à vous de décider si vous vous estimez apte à suivre les cours du niveau supérieur et ce même si vous n’avez pas obtenu les 60% requis à l’examen.
En vertu de ce système, il existe donc quatre séries d’examens au cours de l’année scolaire (fin novembre, fin janvier, fin avril, début juillet), aux épreuves différentes selon les niveaux. De fait, les types d’enseignement ne sont pas les mêmes pour les débutants (n’ayant que deux cours : le cours principal de lecture et écriture plus un cours plus informel d’exercices et d’expression) et pour les niveaux plus avancés (avec des cours plus diversifiés : au cours principal viennent s’ajouter l’expression orale, la compréhension auditive, l’expression écrite et la lecture rapide). La charge de travail s’alourdit donc grandement lorsque l’on passe ce palier qui correspondit pour nous à la fin du premier semestre.
Les classes comportent une vingtaine d’élèves de toutes nationalités, une grande majorité des étudiants étrangers venant néanmoins de la Corée du Sud ou du Japon. Ceci permet alors, outre de découvrir d’autres cultures asiatiques, de converser en chinois dès les premières semaines car bien souvent le niveau d’anglais des étudiants asiatiques nous empêche de succomber à la facilité d’une conversation en anglais comme c’est le cas avec les autres étudiants occidentaux.
2. Professeurs, méthodes et supports pédagogiques
Les professeurs ont des méthodes pédagogiques diversifiées en fonction de la génération à laquelle ils appartiennent, les plus âgés étant de fait les plus scolaires. Il est très intéressant de suivre leur parcours et leur formation, les plus âgés ayant souvent enseigné en ex-URSS et les plus jeunes en Corée du Sud et au Japon. Malgré ces différences, l’enseignement demeure globalement scolaire et répétitif. Et c’est en cela que le jugement sur les cours délivrés à Fudan peut diverger selon le niveau de l’étudiant. De fait, si ce « par-cœur » est selon moi tout à fait justifié pour les débutants, il devient pénible au fur et à mesure que la maîtrise de la langue s’améliore.
Notons cependant que l’élargissement de la palette des cours à partir du niveau C permet partiellement de compenser ce tort, le cours d’expression orale étant particulièrement bien pensé. Il est d’ailleurs à déplorer que ces cours de compréhension auditive et d’expression orale arrivent si tard dans le déroulement de la scolarité alors que l’étudiant en aurait tant besoin pour faciliter ses premiers pas dans la « vie chinoise ».
Dans un tel contexte où, en dépit de l’implication de certains professeurs, les cours se répètent inlassablement, le contenu des manuels est extrêmement important. Il faut donc faire honneur ici aux supports pédagogiques très bien pensés (et qui diffèrent d’une université à l’autre) qui donnent une unité aux cinq cours différents, se recoupant au fil des leçons.
Ainsi, en dépit du caractère très répétitif des cours, et qui tient peut être à la nature même de l’apprentissage du chinois, impliquant de retenir toujours plus de sinogrammes, la qualité des professeurs ainsi que les manuels sur lesquels ils s’appuient permettent une progression rapide.
3. Accepter de progresser par paliers
Enfin, il est impossible d’évoquer l’apprentissage du chinois sans parler de ces moments de découragement durant lesquels l’étudiant débutant a le sentiment de ne plus progresser, voire même de régresser. Il est alors fondamental de réaliser que, véritablement, l’apprentissage du chinois fonctionne « par palier », avec des temps vides très longs durant lesquels il vaut sans doute mieux se tourner vers d’autres supports pour tenter de continuer sa progression. Je n’adhère cependant pas à la théorie bien répandue selon laquelle la compréhension orale progresse plus vite que l’écrit. Chacun doit développer une méthode personnelle pour avancer en chinois du fait du caractère très particulier de la langue. Mais, pour ma part, ce n’est qu’en m’appuyant sur ma connaissance de l’écrit que j’ai pu progresser à l’oral, ne sachant que très mal dissocier les deux. Nombreux sont ceux qui perdent pied lors des cours face au nombre de caractères à apprendre et dans ce cas, mieux vaut axer ses efforts sur la dimension orale qui est très peu valorisée dans les classes débutantes.
Il est donc fondamental de comprendre très vite comment l’on fonctionne par rapport à cet apprentissage pour pouvoir développer cette méthode propre à chacun.
4. Tenter le HSK ?
Le HSK (Hanyu shuiping kaoshi) sanctionne le niveau de chinois attend par le candidat. Il constitue en quelque sorte le TOEFL des étudiants de chinois auquel on peut s’inscrire librement moyennant 250 yuans (soit beaucoup moins qu’en France). Il y eut cette année trois sessions, en novembre, mai et juillet. Nous sommes nombreux à avoir choisi de clore cette année en Chine par le passage du HSK, conscients que nous n’aurions peut être par la suite jamais un niveau meilleur que celui désormais atteint. Il faut néanmoins être conscient, lorsque l’on arrive en Chine en tant que débutant, que les résultats ne seront guère utiles qu’à titre personnel en ce sens où il est impossible (à quelques exceptions d’assiduité inégalée près, bien évidemment) d’obtenir en un an le niveau 6 permettant d’étudier dans les universités chinoises et plus globalement d’avoir une certaine reconnaissance dans les entreprises ou instances internationales.
C. … comme autant de tremplins vers d’autres formes d’apprentissage
Si, à l’évidence, les cours au sein de l’université occupent la plus grande part de notre temps et de nos efforts, ils ne sont que les tremplins vers d’autres sources d’étude de la langue chinoise. Ils sont indispensables, incontournables en ce sens où ils conditionnent la possibilité du dialogue et tout simplement de la vie quotidienne en Chine. Néanmoins ils sont très loin d’être la source unique de cet apprentissage qui doit se diversifier autant que possible afin de palier à la lassitude qui découle de l’enseignement universitaire très répétitif. Ainsi, c’est par tout un tissu de liens et d’échanges que les connaissances acquises en cours prennent corps, perdent de leur abstraction pour devenir des phrases utiles, utilisées et comprises.
1. Les tongxuemen ; nos camarades de classe asiatiques
Le premier cercle après les cours est constitué des étudiants asiatiques, rencontrés en classe ou dans la résidence pour étrangers. De fait, la communication avec eux s’établit dès le début en chinois, assise par les dîners de classe, les sorties organisées par le département et les amitiés qui se tissent naturellement. Fudan prend une part active dans ces échanges, en organisant chaque semestre des activités culturelles (spectacles d’acrobates, opéra traditionnel…) ou un voyage (mont Taishan, Xi’an, Xiamen…) durant lesquels les étudiants de toutes nationalités se mêlent et communiquent en chinois.
2. Les language partners : trouver la perle rare
Cette mise en pratique de l’apprentissage scolaire peut également se faire par le système des language partners. Ce sont en général les étudiants chinois qui viennent vers vous pour vous proposer de converser tantôt en anglais/français, tantôt en chinois afin que l’échange profite aux deux parties. Il faut cependant être prudent avec ce type de relation en ce sens où peuvent s’instaurer des échanges pénibles parce que peu naturels. Mais si vous avez la chance de rencontrer un étudiant avec lequel vous avez des affinités, l’échange peut se révéler extrêmement fructueux.
Ce fut pour moi un moyen unique de mettre en pratique des cours trop théoriques, aidée par un étudiant en économie à la patience infinie… Mais il faut reconnaître que je me suis épuisée lors des premiers mois en des conversations surfaites avec des étudiants avec lesquels je ne trouvais aucun sujet de discussion à partager. A un point tel que j’en conclus radicalement que certains des étudiants chinois les plus jeunes, du fait d’une éducation très protégée découlant de la politique de l’enfant unique, font montre d’une grande immaturité et d’une absence effarante d’intérêt pour les sujets s’écartant de leur champ d’étude.
Je ne saurais néanmoins que trop vous inciter à persévérer, cela peut réellement en valoir la peine, vous ouvrant une porte sur la façon de percevoir les choses d’un ami chinois.
3. Les associations étudiantes
Dans cette démarche active pour étudier le chinois autrement, les associations qui abondent au sein de Fudan, sont une autre carte non négligeable. Toutes sortes d’associations sportives, d’échecs ou de chant sont abordables pour les étudiants parlant très peu chinois. Il existe même un club outdoor qui organise des randonnées sur plusieurs jours dans les environs de Shanghai2. C’est un moyen très efficace de développer des amitiés réelles, sans doute moins surfaites que les contacts avec les language partners. J’ai testé l’association de Kungfu et même si mon assiduité s’est grandement relâchée au second semestre, les liens que j’y avais tissés ont duré bien au-delà des cours.
4. Et la vie quotidienne avec ses contacts naturels et son apprentissage inconscient…
Et puis, au-delà de toutes ces relations que l’on recherche activement, il y a ces quelques chinois que l’on rencontre par hasard et qui deviennent des amis. Le fait de vivre hors campus permet alors des contacts très enrichissants avec une population non estudiantine à laquelle on n’a que difficilement accès en vivant au sein de la résidence pour étrangers. C’est ainsi par la vie quotidienne que l’on progresse le plus, que l’on met le plus aisément en application le fruit de ses cours. Par les contacts avec les voisins, le propriétaire ou les commerçants du quartier. Par les ballades dans les parcs et l’exploration du centre ville qui fournissent immanquablement mille occasions de discuter. Chaque pas est une confirmation que les Chinois aspirent à échanger, heureux de rencontrer des étrangers aspirant à maîtriser leur langue.
Il est à ce titre important de noter que, si l’on n’entend pas toujours résonner dans les rues le mandarin le plus pur comme à Beijing, le Shanghai hua (le dialecte de Shanghai) n’a jamais constitué un obstacle à ces échanges, le mandarin des shanghaiens étant très clair et aisé à comprendre.
Enfin, en parallèle de cette étude « active » du mandarin se joue tout un apprentissage « passif » du fait de l’immersion complète dans un environnement chinois. La télévision, la radio, la musique et toutes ces discussions qui résonnent autour de nous sans nécessairement qu’on les comprenne ou qu’on les suive, forgent l’oreille et développent des habitudes inconscientes que l’on retrouvera ensuite comme des automatismes.
D. Etats d’âme d’une débutante : de l’insatisfaction de n’étudier au final que la langue chinoise
On voit donc que l’étude du chinois ne se joue pas uniquement au sein de l’université mais par tout un ensemble de contacts quotidiens ou plus exceptionnels, lors des voyages ou de rencontres privilégiées. En dépit de cette variété, c’est néanmoins une année entièrement vouée à l’étude d’une langue à laquelle vous vous préparez et il est important d’en connaître les revers.
De fait, si une immersion d’une année en Chine permet d’apprendre chaque jour davantage de la culture, des habitudes ou du mode de pensée chinois, la familiarisation est néanmoins rapidement accomplie. Après quelques mois s’effacent donc les innombrables découvertes sur la société chinoise, et la satisfaction de pouvoir mesurer ses progrès dans la vie quotidienne (tout simplement en commençant à pouvoir dire le nom des fruits que l’on souhaite acheter…). Restent alors quasi exclusivement les cours de mandarin qui occupent la majeure partie de votre temps, augmentés des longues heures passées à tenter d’assimiler ce qui fut abordé en cours. Or du fait de la répétitivité des cours et de la nature d’un apprentissage linguistique par paliers, une démotivation lente, progressive mais profonde ne manque pas de s’installer.
2 N’hésitez pas à consulter le rapport de Brice Gouvernel pour plus d’information, il en connaît bien davantage sur le sujet
Il faut donc partir conscient qu’à Fudan, seuls des cours de langue vous seront délivrés. Rien, pas un mot ayant trait à la vie quotidienne, la société, la culture ou la civilisation, sans parler même de littérature, d’histoire ou d’économie. Et ce alors même que votre niveau chèrement acquis pourrait vous permettre de comprendre leur évocation par des mots simples.
Certes ces mots sonnent comme des états d’âme mais il serait incomplet de ne pas souligner ce sentiment de vacuité intellectuelle qui ne manque pas de s’instaurer une fois les rudiments de mandarin acquis et l’intégration dans le quotidien chinois esquissée. Parce que l’apprentissage du chinois est avant tout du « par cœur », et parce que l’on n’étudie rien d’autre que le chinois, tôt ou tard se dessine un manque. Manque de réflexion, manque de stimulation, peu importe le nom qu’on lui donne mais il est bel et bien là et finit par peser en dépit des échappatoires multiples qu’on lui oppose.
Partir étudier un an à Fudan implique donc bien sûr de passer la majeure partie de ses journées à assimiler des caractères et à répéter inlassablement des textes tout spécialement pensés pour les besoins des étudiants étrangers. Cela signifie également approfondir ces connaissances théoriques dans sa vie quotidienne, par son insertion dans le monde associatif ou étudiant, par les liens que l’on noue avec ses voisins ou des rencontres de passage. Mais au-delà de l’étude et de la concentration de tous ces efforts pour la maîtrise d’une langue complexe, étudier à Fudan est surtout l’occasion unique de vivre en Chine, en immersion complète et sur une période suffisamment longue pour pouvoir s’intégrer réellement dans un environnement chinois, pour se familiariser avec une culture, un mode de vie et de pensée radicalement autres.
III. Vivre en Chine ; le quartier de Fudan, Shanghai et l’immensité du territoire comme différents niveaux de compréhension d’une réalité complexe
Pour l’étudiant étranger, cette vie en Chine qui dépasse largement le cadre de l’étude du mandarin, s’inscrit sur plusieurs niveaux. La connaissance de la Chine passe d’abord par le cadre de vie immédiat ; les environs franchement infernaux de l’université. Cela signifie ensuite vivre à Shanghai, la découvrir, y trouver ses marques, l’adopter… et puis la quitter, car vivre en Chine implique également de la parcourir autant que possible pour en découvrir toutes les facettes que Shanghai occulte par sa modernité galopante.
A. S’inscrire dans un quartier : l’infernale Wujiaochang (le quartier de Fudan) comme incarnation de la frénésie shanghaïenne vers toujours plus de modernité
A l’évidence vivre en Chine sous tend une volonté d’en appréhender au mieux la culture, le mode de vie, le quotidien. Or ce n’est pas par le voyage et le déplacement incessant que cette compréhension arrive mais bien plutôt par l’inscription dans un quartier et un rythme quotidien, par l’observation de visages familiers et la reconnaissance d’un cadre de vie.
Si Shanghai est synonyme de développement effréné et de marche forcée vers la création de richesse, alors indéniablement les environs de Fudan (le quartier de Wujiaochang, situé à plus d’une heure du centre de Shanghai) en sont l’expression la plus pure. Nuit et jour, tout n’y est que bruit, mouvement et pollution du fait des incessants travaux de démolition et de reconstruction, des routes éventrées pour faire passer une toute nouvelle ligne de métro, des kilos de poussière soulevés pour creuser des tunnels ou ériger des autoroutes aériennes. En l’espace de quelques jours, des immeubles sont rasés, de gigantesques centres commerciaux au luxe tapageur ouvrent leurs portes, les étals de rue sont balayés pour aller toujours pour loin, toujours plus vite, dans la course vers la modernité de la première vitrine de Chine.
Vivre dans un tel environnement est bien sûr épuisant mais il a l’immense avantage d’incarner tout ce à quoi le gouvernement mais aussi les Chinois eux-mêmes aspirent ; un changement, un mouvement, une course, un rattrapage. On y trouve les travailleurs migrants du centre et de l’ouest de la Chine venus bâtir le luxe pour quelques centaines de yuans mensuels, les populations évincées pour laisser place à des immeubles aux loyers devenus inabordables et celles qui tiennent encore, les nouveaux entrepreneurs avides de plus values certaines… une hétérogénéité quasi naturelle, une frénésie qui n’interrompent en rien le cours habituel de la vie du quartier, comme aveugle de ses propres mutations.
Vivre à Wujiaochang, loin au nord du centre ville, offre donc une perspective unique (et épuisante) sur l’accélération et les aspirations d’une Chine urbaine et privilégiée, tout en permettant l’insertion dans une vraie vie de quartier, au milieu d’une population très hétérogène où se côtoient Shanghaïens de souche et travailleurs migrants. Une vision qu’une vie calme dans le cœur de Shanghai, au milieu des restaurants et bureaux des compagnies internationales, des Shanghaïens nantis et des expatriés, aurait rendue toute autre. Peut être aurions nous alors perçu Shanghai comme la synthèse réussie de la préservation du patrimoine et de la modernité, comme l’harmonie entre la culture chinoise et le capitalisme le plus intransigeant…
B. Faire sienne une ville : Shanghai, une métropole riche de contrastes et de contraires incarnant la façon dont la Chine rêve son futur…
Du fait de la grande distance séparant Fudan du centre de la ville, vivre à Shanghai revêt pour l’étudiant de Fudan une dimension particulière. Chaque sortie, chaque ballade deviennent exceptionnelles et, il faut le reconnaître, consomment leur lot d’énergie. Pour moi, le premier sentiment fut la répulsion plus que l’admiration. Je trouvais terrifiantes et hideuses ces tours immenses et sans âmes, ce béton envahissant. Puis vint la découverte en profondeur de la ville et de ses contrastes, au gré de longues promenades. Je compris que je m’étais fourvoyée dans une première vision simpliste et je me pris d’affection pour cette ville trop grande qui risque à tout moment de détruire l’équilibre fragile qui la détermine encore. Shanghai est belle aujourd’hui par ses ruptures, ses oppositions. Ses tours futuristes ne sont humaines que parce qu’elles jouxtent les vieilles maisons basses du début du siècle. La Place du Peuple avec l’Opéra et le Musée de l’urbanisme tout de verre et d’angles n’ont de prix qu’aux côtés de la vieille ville gardant jalousement le temple de Confucius et ses bouquinistes matinaux.
1. Explorer
« Vivre en Chine » signifia donc très rapidement pour moi m’évader aussi souvent que possible de Wujiaochang pour partir à la rencontre de tous les recoins de la ville. Quitter le béton et la pollution dans les quelques grands parcs où l’on ne manque jamais de rencontrer des Chinois ravis de voir un étranger passionné de leur culture. Quitter le bruit et le mouvement dans les rues de l’ancienne Concession française bordées de maisons à l’occidentale et de lourds platanes, ou dans l’entrelacs des rues de la vieille ville. Mais aussi quitter la monotonie des cours en se plongeant dans la frénésie nocturne shanghaïenne, dans la marée humaine de Nanjing Lu, du Bund ou de la Place du Peuple.
Mais on ne peut pas connaître Shanghai que par ses plus belles tours de verre, ses plus beaux parcs et ses quartiers préservés. Il faut aller explorer ses quartiers en démolition. Se confronter à la population qui refuse de partir et vit dans des immeubles à demi effondrés, jusqu’à l’ultime passage de bulldozer. Réaliser que les tours empiètent toujours plus sur les pourtours de la vieille ville dont seules quelques rues ont en fait été classées. Il faut passer au milieu des dizaines de tours toutes identiques, à quelques kilomètres du centre, où s’entasse désormais la classe moyenne shanghaienne. Prendre conscience que, pour ces Chinois, le confort est au prix d’une standardisation implacable. Ce n’est qu’ainsi que l’on peut prendre intégrer le rythme de cette ville qui change sans cesse, et trop vite, sans doute.
2. Découvrir une culture
Shanghai, de par son ouverture et son statut de tête de pont de la modernité chinoise, fourmille d’initiatives culturelles. On y trouve tant des spectacles classiques d’acrobates ou d’opéra traditionnel qu’une programmation audacieuse à l’Opéra de la Place du Peuple, accueillant des orchestres et pièces de renommée internationale. De même les musées permettent-ils tant de se plonger dans l’histoire des dynasties anciennes que de découvrir les artistes contemporains chinois. Notons à ce titre que le Musée d’Art moderne situé au nord de la Place du Peuple abrite des collections remarquables, augmentées cette année d’expositions temporaires françaises en l’honneur de l’Année de la France en Chine. De même est il indispensable d’aller explorer les galeries d’art contemporain dans les anciens docks de Shanghai, moins selon moi pour leur qualité artistique que pour la façon dont elles témoignent de l’audace et de la vitalité des artistes chinois aujourd’hui.
3. Sortir
Enfin, il serait hypocrite de ne pas mentionner ce qui occupe immanquablement les étudiants étrangers lors des quelques semaines suivant leur arrivée (et durant tout le reste de l’année scolaire pour les plus acharnés d’entre eux…) : la découverte de la vie nocturne shanghaïenne avec son foisonnement de restaurants étrangers et de boîtes de nuit, des bars de Maoming Lu au parc Fuxing. On s’en lasse vite, cependant. Ou du moins ces temples de la nuit revêtent-ils plus ou moins d’attrait en fonction de ce que l’on aime en Chine. Disons simplement que dans nombre de ces endroits à la mode, les occidentaux sont largement surnuméraires, témoignant de la mentalité et de l’ambiance des lieux…
4. Le coût de la vie
Le coût de la vie à Shanghai est certes plus élevé que dans les autres villes chinoises, mais il demeure très nettement inférieur au coût de la vie parisien, étant néanmoins largement dépendant du mode de vie adopté. J’ai parlé plus haut du prix des logements (compter chaque mois 1500 yuans pour un appartement en collocation et 2700 yuans pour une chambre à la résidence). Si vous savez vivre (relativement) comme le font les chinois, en mangeant à la cantine, dans des petits restaurants sans prétention ou à la maison, la nourriture vous coûtera au maximum trois ou quatre euros par jour. De même le prix des transports (bus et métro) est-il dérisoire. Les vêtements, les fournitures et absolument tout ce que vous pourrez acheter seront de même beaucoup moins chers qu’en France. Attention néanmoins, si vous choisissez un mode de vie d’expatrié, dînant dans les restaurants occidentaux, achetant des vêtements de marque dans l’ancienne Concession française, ne vous déplaçant qu’en taxi et sortant dans tous les bars à la mode, votre budget peut rapidement excéder ce à quoi une vie parisienne modeste vous avait habitué.
5. Une ville qui dément les stéréotypes et généralités
De par ses contrastes architecturaux, culturels ou humains, de par l’hétérogénéité de sa population et du fossé qui en sépare les extrêmes, de par la variété de modes de vie et de pensée, des plus traditionnels au plus modernes, Shanghai dément les stéréotypes, les a priori, les généralités que l’on accole généralement à la Chine.
Elle dément tout d’abord le stéréotype d’une société chinoise figée, fermant les yeux sur ses valeurs ou ses aspirations au nom d’une marche forcée vers l’enrichissement, l’industrialisation, l’urbanisation. Shanghai n’est pas à la traîne de Beijing dans ce processus de conscientisation du peuple chinois autour de valeurs nouvelles. Elle est ainsi au cœur d’une société qui bouge, qui se réforme autour d’un nationalisme apte à panser les plaies des écarts de développement croissants. Les impressionnantes manifestations anti-japonaises d’avril 2005 n’en ont été que l’expression la plus radicale3.
Contrairement à ce qui fut écrit dans certains journaux français, elles ne furent pas simplement le jouet d’un pouvoir politique voulant faire une démonstration de force dans le cadre du contentieux territorial qui l’oppose au Japon. Elles
3 A ne pas manquer : le journal et les photos de Brice Gouvernel sur cette journée historique
http://thejourney.canalblog.com/archives/3__manif_anti_jap_a_shanghai_16_avr_05/index.html
correspondent également à un patriotisme à vif, d’aucun diront un nationalisme menaçant, partagé par la quasi-totalité des Chinois qui croisèrent notre route. Or Shanghai, en incarnant la marche de la société chinoise vers la modernité et le développement, est au cœur de ce processus. Au-delà même de la fierté (d’aucuns diront l’ « arrogance ») des Shanghaïens pour leur ville, l’évocation de son nom a un sens pour tous les Chinois, cristallisation de cette fierté patriotique que l’on retrouve même dans les provinces les plus reculées. Sans même aller jusqu’au nationalisme, Shanghai, par toutes les synthèses et par le progrès qu’elle incarne, est le lieu où une élite économique, artistique et intellectuelle, pense le futur d’une Chine désormais libre des vestiges de l’idéologie maoïste.
Or ce renouveau de la pensée, des valeurs, des fiertés nationales est intimement lié au fait que Shanghai dément également le stéréotype d’une société chinoise close, bâillonnée par l’autoritarisme d’un omnipotent Parti Communiste. Peut être est-ce du à la distance qui nous sépare du poumon politique de la RPC, ou peut être la réussite économique donne-t-elle des droits particuliers, mais la marque du Parti est ici moins forte qu’ailleurs. La présence policière y est moins visible, l’accès aux médias étrangers généralisé. Les Shanghaiens parlent et critiquent ouvertement ce qui dans leur pays ne leur convient plus. Sans doute est-ce un leurre, peut être ne savons nous pas, mais Shanghai donne le sentiment d’une relative liberté d’expression et d’information. Loin de nous l’intention de sousentendre que les droits de l’homme et libertés fondamentales sont ici respectés mais à l’évidence Shanghai incarne le fait que cette menace latente n’a pas entamée la volonté des Chinois de parler de leur pays, du moins dans leurs relations interpersonnelles. La réussite économique, l’accès à un certain confort constituent même les vecteurs par lesquels se fait le retour au politique dans les discours.
Enfin, de par son statut si privilégié de « perle de la Chine », Shanghai dément par ses gratteciels et le luxe tapageur de certains de ses quartiers, l’image de la Chine comme un pays en développement. Arpenter les rues de Shanghai, hormis peut être le vertige qu’inspire la hauteur de ses tours de verre, ne crée pas un dépaysement radical par rapport aux grandes métropoles européennes. De même les villes côtières des alentours telles Suzhou ou Hangzhou n’ont-elles rien à envier à la propreté, la modernité, l’aisance des villes occidentales. Rien n’y laisse transparaître que la Chine demeure classée 94è à l’IDH4 malgré une croissance de 9,1% pour 2004.
Ainsi en vivant à Shanghai pourrait-on entretenir l’illusion d’une Chine développée, industrialisée, prospère, et où une relative liberté d’expression permet au peuple chinois de développer de nouvelles valeurs et aspirations vers lesquelles tendre alors que ni la sotériologie communiste ni la marche forcée vers l’enrichissement ne fédèrent plus… D’où l’impérieuse nécessité de quitter Shanghai pour découvrir tous ces visages de la Chine masqués par l’aisance et le développement de la métropole. Parce que vivre en Chine signifie tenter de l’aborder dans toute sa diversité et ses contrastes, il est fondamental de partir, le plus loin possible, pour prendre pleinement conscience que Shanghai ne reflète guère qu’elle-même, qu’elle ne représente en rien le reste de la Chine mais n’incarne pour le moment que ce à quoi le reste de la Chine aspire.
C. … d’où la nécessité de quitter Shanghai pour découvrir tous les autres visages de la Chine au présent
Parce que la modicité du coût de la vie le permet, parce que c’est l’une des meilleurs façons d’ancrer les connaissances acquises en classe, parce que Shanghai est si peu représentative du reste de la Chine, il faut voyager autant que possible durant cette année à Fudan. Durant les week-ends, les vacances scolaires, empiétant parfois sur les cours lorsqu’ils devenaient par trop répétitifs et lassants, nous partîmes, seuls ou en petits groupes, explorer les alentours de Shanghai puis de plus en plus loin, jusqu’aux provinces reculées du Sichuan ou du Yunnan.
4 Source PNUD, dans L’Etat du monde 2005, La Découverte, p.591
1. La possibilité matérielle de voir des dizaines d’endroits radicalement différents
Indiscutablement, cette possibilité de partir sans cesse, de rallier en une ou deux nuits des endroits si radicalement différents les uns des autres et de tout ce qui nous avait été donné de voir auparavant, est le plus grand bonheur qui soit offert ici. Voyager en Chine est simple dès lors que l’on commence à maîtriser les rudiments de sa langue. Acheter un billet de train, décoder les lignes de bus, négocier les tarifs des hôtels, vivre deux jours dans un compartiment avec cinq voyageurs chinois deviennent mille occasions de prendre conscience de ses progrès, mille raisons de continuer encore et encore à ressasser ses caractères. Si passer jusqu’à quarante heures en couchette dure et dormir dans des hôtels au confort assez rudimentaire ne vous effraie pas, alors aucune destination ne vous sera refusée.
Pour les voyages les plus courts, Shanghai est sise au cœur d’une province riche en potentialités de voyage : Hangzhou et le lac de l’Ouest, Suzhou et ses canaux, toutes les villes d’eau environnantes, l’île sacrée de Putuoshan, haut lieu de pèlerinage bouddhiste, permettent toutes en quelques jours de se plonger dans l’histoire de la Chine, dans son patrimoine culturel et architectural, tout en prenant le rythme de la vie chinoise dans des villes à taille humaine.
Lors des vacances scolaires (une semaine en octobre, à Noël et en mai, un mois de finjanvier à fin-février), les possibilités deviennent tout simplement innombrables. J’ai ainsi parcouru les capitales historiques du Nord : Beijing (qui sera toujours un enfer durant les vacances du fait des foules chinoises qui s’y pressent. S’il est donc une destination qui vaille la peine de manquer quelques cours pour y être au calme, c’est bien celle-ci…), Xi’an et ses soldats de terracotta, Luoyang et ses mille Bouddhas, Kaifeng ayant conservé le charme de ses ruelles anciennes. J’ai exploré quelques villes du sud : Xiamen, Nanning et Guilin avec ses pains de sucre. Le mois de vacances pour le Nouvel An chinois fut l’occasion de découvrir le sud du Yunnan, de Kunming à la frontière birmane, allant à la rencontre des minorités ethniques, de leur bouddhisme d’inspiration thaïlandaise, de leur habitat et de leurs cultures traditionnelles, de ce qu’il reste de la jungle peu à peu décimée au profit de plantations d’hévéas plus lucratives. Juillet sera l’occasion de partir à la rencontre du Sichuan, l’une des régions les plus reculées de Chine.
Comme je l’ai évoqué précédemment, le département des étudiants étrangers de Fudan organise un voyage de classe au mois de mars. Il a l’avantage d’être peu onéreux et de faire pratiquer le chinois à temps plein pendant cinq ou six jours, toutes les visites se faisant sous la direction d’un guide chinois et aux côtés des autres étudiants étrangers. Néanmoins, il constitue une vraie épreuve pour ceux qui sont habitués à voyager seul ou en groupe restreint. Il faut accepter de suivre un guide hurlant dans un gigaphone et de ne pouvoir s’écarter d’un groupe d’une centaine d’étudiants. Adieu donc la liberté du voyage et le foisonnement de rencontres et de découvertes impromptues qu’elle permet.
Cette longue évocation n’a pour but que de témoigner du fait qu’en moins de onze mois, il est possible d’arpenter largement la Chine et d’en découvrir bien des visages. Les cours à Shanghai ne sont en aucun cas une contrainte, un frein au voyage mais bien plutôt un tremplin vers lui. Le voyage s’impose alors selon moi comme la continuation, la concrétisation, la raison d’être, même, de ces longues heures d’apprentissage. Ces voyages apportent beaucoup en terme de compréhension de la culture chinoise, de ses incroyables écarts de développement, du fossé qui séparent les mentalités et les modes de vie. Plus que la possibilité d’admirer villes, villages ou paysages, ils sont aussi l’occasion de rencontres, d’échanges plus riches à mes